J’ai toujours eu du mal à m’exprimer, et, dans ces conditions, le silence n’est-il pas la meilleure « communication véritable » ?
Mais le silence, est-ce en l’occurrence, réellement participer ?
Bref, excusez mon ambiguïté.
Dans les embouteillages, à l’arrière de la voiture conduite par mes parents, je « me mettais souvent à la place » de l’enfant assis lui aussi à l’arrière de la voiture d’à côté: que deviendrait ma vie… si j’étais assis à sa place?
De longue date, je me demande donc quelle aurait été mon évolution si j’avais pris tel ou tel chemin, plutôt que celui que j’ai pris réellement, et la part qu’on pourrait attribuer à mon évolution « personnelle »( ?), et celle du « chemin » suivi.
Dans le cas présent, le « chemin » c’est l’AOBO : serais-je la même chose si je n’avais pas poussé la porte ?
Depuis que je viens au centre, je me sens différent : ce « je », ce « moi » a changé.
Corps matériel, trésor à défendre, il est devenu plus « fluide », moins limité, et finalement, moins personnel.
Et, parallèlement, mon regard vers les autres a changé.
Un jour Suvannavira, nous enseignant le metta bhavana nous conseillât, avec l’accent que nous lui connaissons, de mettre « l’autre » dans notre cœur …je ne sais ce qui se produisit, mais j’ai retrouvé l’autre « réellement » dans mon cœur !
C’est toujours difficile de dire ces trucs là : comment faire sentir qu’il ne s’agit pas de mots, ou d’un jeu intellectuel ? Mais d’une sensation réelle : l’autre était mon cœur, il était moi. Et mon cœur était lui, j’étais lui, c’est tout.
C’est tout pour les mots, mais ce n’est pas tout pour le changement qui m’arrivait !
La méditation sur le souffle m’a également éloigné un peu de ce « moi » rétréci, lorsqu’au quatrième stade j’ai senti que « moi » était plus l’air qui entrait et sortait, que l’extrémité par laquelle il le faisait, ou même l’organisme qui le mobilisait (comme c’était le cas aux stades précédents).
Bref une sorte de dilution du moi dans l’autre et l’environnement. C’est comme ça qu’on doit dire, je pense, mais c’est surtout une sensation étrange, captivante, et un peu inquiétante quand on la vit.
Et finalement très positive, il me semble.
Il est bon de se regarder et de regarder son vis-à -vis du métro de cette nouvelle manière : de deux organismes, différents et indépendants, voir… une contraction matérielle d’une seule et unique énergie qui a le même but : la vie.
Et c’est bon pour la relation à l’autre: si je deviens un peu plus « lui », si il devient un peu plus « moi », la relation est tout simplement plus facile !
J’ai été même parfois surpris de certains sourires que je n’avais pas l’habitude de recevoir
(est-ce dû à ce nouveau regard, ou seulement au fait que j’avance en âge ?)
Et (suite de l’anniversaire du Parinirvâna conduite par Vassika) quand il va mourir, « lui », sur le siége d’en face, ou « moi », en face de lui, ce n’est donc que cet outils matériel qui va disparaître (le corps biologique n’aura pas d’autre vie) mais la « vie », l’énergie qu’on a en commun (donc « lui » et « moi » aussi), elle, va continuer.
Pour aller oĂą ?
D’où vient cette énergie, cette « vie », contenue dans le spermatozoïde ou l’ovule d’un « autre », qui fait qu’un embryon survienne ?
Depuis la mort de mon père, je m’occupe de beaucoup de choses qui étaient son domaine. Je retrouve donc, au travers ces biens matériels ce qu’il avait entrepris, ce qu’il avait organisé et souhaité. Je repense à ce qu’il disait.
Il est mort ? Ou bien son action continue ? Les deux, bien sûr : il est mort biologiquement…et son action continue.
Mais « son action », est-ce « lui » ?
Je suis perdu dans le vocabulaire !
Drôle de vocabulaire : je disais, il y a 25 ans à mes enfants, que j’avais déjà été mort ! Je ne savais pas comment leur communiquer que cette non-vie, avant la conception, devait quand même être proche de la mort, et n’avait pas été si dramatique (je ne parle pas de la douleur physique qui accompagne parfois la mort et me paraît autre chose).
Tout ça, pour que mes enfants envisagent au mieux leur vie, mais « la vie » : qu’est-ce qu’on en fait ?
Je tenais à remercier en tout cas l’AOBO de ce qu’il fait de la sienne, même à mon simple niveau : de m’apporter ce regard différent (malheureusement encore très épisodique et éphémère) sur mon vis-à -vis dans le métro.
Quant à recevoir parfois même son sourire…, alors là , chapeau ! (Car, si je ne peux nier que j’avance en âge, je suis en fait persuadé que c’est mon regard qui a changé et déclanche une autre réaction).
Pascal Debain, cardiologue, 58 ans, ayant franchi le seuil de l’AOBO en Septembre 2005 (journée de portes ouvertes du centre), à la suite d’une visite sur ce site à la recherche d’un endroit pour méditer en commun : j’y ai trouvé plus…et affinité : merci à la Sanga, et aux études sur le bouddhisme !
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Dernière mise à jour:
11 mai, 2007.