L’altruisme va à l’encontre de la nature humaine et doit être appris, parfois assez péniblement. Après tout, jusqu’à quel point sommes-nous vraiment altruistes ? Quand nous faisons quelque-chose pour les autres, notre action n’est-elle pas habituellement teintée par notre intérêt personnel, même subtil ? Nous gagnons quelque-chose à aider les autres –une satisfaction égoïste que nous ne reconnaissons pas. Peut-être que l’on aime être connu comme quelqu’un qui aide les autres, que l’on se sent supérieur à ceux que l’on aide. On s’identifie au fait d’être celui qui aide, la personne que tous admirent, celle qui donne de bons conseils. Il est rare d’être complètement désintéressé, d’avoir une motivation complètement pure d’aider les autres. Il y a presque toujours quelque-chose d’égoïste qui nous motive, même si c’est intangible comme l’accumulation de mérites ou l’espoir d’une récompense au paradis.
Cela ne veut pas dire que l’on ne devrait rien faire pour les autres tant que notre motivation n’est pas complètement pure. On doit faire ce que l’on peut pour aider les autres, essayant en même temps de transformer notre motivation à le faire. Si l’on agit avec attention, cela nous aidera à purifier notre motivation.
Est-il possible de développer l’altruisme sans quelque notion de vie spirituelle ? Cela semble peu probable, mais certaines personnes semblent être capable de vivre de façon très éthique sans avoir de principes ni de croyances explicites. Certaines ont même sacrifié leur vie pour les autres sans aucun étayage métaphysique. Certaines personnes peuvent vivre une vie spirituelle comme instinctivement, sans être guidées par aucune philosophie. Elles ne lisent pas la Bible, ne sont pas intéressées par le bouddhisme, ne se considèrent pas religieuses, mais elle semblent posséder une bonté innée. De telles personnes sont rares et il vaut mieux ne pas se croire l’une d’entre elles sans hésitation.
Ce sont leurs circonstances qui empêchent beaucoup de s’engager dans des activités altruistes. Il faut pouvoir se permettre d’être altruiste. Si l’on se bat pour survivre, il est dur d’avoir un penchant pour l’altruisme. Ceci dit, ceux qui ont le moins sont souvent les plus généreux. Pour nous tous le vrai altruisme inclue prendre soin de soi. Il est bien de répondre aux besoins de la situation, de penser aux autres et de s’oublier un peu, mais il est important de ne pas négliger ses propres besoins, pas juste pour soi mais pour les autres. En dehors de situations d’urgence il est sage de faire ce qu’il faut pour être en bonne condition, sinon on ne peut pas faire grand’ chose pour les autres. Si l’on s’épuise, peut-être que notre soi-disant altruisme était un peu aveugle. Facile a dire, mais il n’est pas facile, en pratique, de savoir quand on en fait trop ou quand on se protège trop.
Il est dangereux de prendre des responsabilités tout en disant que cela ne sera pas propice a son développement spirituel. On devrait pouvoir prendre ces responsabilités de façon à ce que cela soit aussi un moyen de développement spirituel personnel. Si on peut le faire, cela montre que l’on a réussi à unifier ces deux aspects de la voie, et cette unification est nécessaire pour suivre la voie.
Nous pensons souvent que si nous voulons vraiment faire quelque-chose cela sera certainement bon pour notre développement. Mais il semble que généralement, les gens croissent davantage spirituellement faisant ce qu’au début, ils ne voulaient pas faire, plutôt que faisant ce qui leur plait. Il est important de faire la distinction entre ce que nous avons besoin de faire pour notre développement spirituel, et ce que nous voulons faire. Le but à long terme est de ne faire aucune distinction entre faire quelque-chose en réponse aux besoins de la situation et faire quelque-chose pour son propre développement. Cela devrait être les deux en même temps. La tension entre soi et autre qui, pourrait-on dire, conduit à l’apparition de la bodhichitta est typique du processus du développement tout du long. Soi et autres sont valides, on ne peut se débarrasser d’aucun des deux –une position inconfortable dont on ne peut s’échapper. Et après un certain temps il y a une percée. L’expérience douloureuse nous force à nous élever vers un niveau tout à fait supérieur, dans lequel les contradictions ne sont plus contradictoires.
Chaque fois qu’il y a percée d’un niveau d’expérience spirituelle à un autre, c’est généralement suite à un dilemme douloureux, un problème qui ne peut être résolu intellectuellement. Le bodhisattva est une contradiction vivante, l’union d’opposés au plus haut niveau possible, puisqu’il représente une synthèse de nirvana et samsara. Et cette synthèse ne peut-être exprimée conceptuellement. Tant que nous pensons en terme de concepts il y aura toujours une contradiction, et toute tentative de résoudre cette contradiction conceptuellement produira un autre concept avec son propre opposé. La synthèse des concepts ne peut se produire que dans la vie de l’individu pour lequel ces concepts ont une signification. La vie, en d’autres terme, transcende la logique.
Jusqu’à ce que nous soyons nous-même capable d’atteindre ce point de synthèse, les contradictions ont tendance à se présenter à nous sous la forme de dilemmes existentiels. Habituellement notre stratégie inconsciente est de n’être conscient que d’un côté du dilemme et de réprimer l’autre, mais tôt ou tard nous serons obligés de prendre en considération les deux côtés ; alors seulement le dilemme pourra-t-il être résolu. Bien sûr, vie et mort nous confrontent avec l’ultime dilemme. Voulant la vie, craignant la mort, nous essayons de nous accrocher à l’une et de ne pas voir l’autre. Mais tôt ou tard nous sommes forcés de faire face à la mort, que ce soit la nôtre ou celle de quelqu’un d’autre. Nous ne pouvons résoudre le problème de la vie que si nous sommes prêts à faire face au problème de la mort –vraiment prêts à voir vie et mort comme les deux côtés de la même pièce.
De la même façon, nous ne pouvons résoudre nos propres problèmes qu’en tenant compte de ceux des autres. En d’autres termes, la pratique de sila ou de l'éthique doit toujours être accompagnée par la pratique de dana. Dana –littéralement donner ou générosité- est l’aspect pratique altruiste de la vie et de l’activité du Bodhisattva, et la première des six paramitas, les six perfections ou vertus transcendantales.
1. Altruisme et individualisme dans la vie spirituelle.
2. L’atruisme.
3. * Dana, ou générosité.
4. Le don de l’absence de peur, ou de courage.
5. Le don de sa propre vie.
6. Sila paramita, la perfection de l’éthique.
7. Végétarisme et bouddhisme.
8. Mariage et bouddhisme.
1. Origine et développement de l’idéal du bodhisattva.
2. L'éveil du cœur bodhi ou la bodhicitta utpada.
3. Le vœu du Bodhisattva.
4. * Altruisme et individualisme dans la vie spirituelle.
5. Masculinité et féminité dans la vie spirituelle.
6. Sur le seuil de l’Eveil.
7. La hiérarchie des bodhisattvas.
8. Bouddha et Bodhisattva ; éternité et temps.
Par Urgyen Sangharakshita.
Association Loi 1901,
Membre de l’Union Bouddhiste Européenne ou EBU.
‘Bodhisattva ideal’ © Sangharakshita 1999, Windhorse Publications, traduction © Varadakini 2006.
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Dernière mise à jour:
21 juillet, 2008.