Le bodhisattva du dharmakaya.

Avec le quatriĂšme et plus haut niveau de la hiĂ©rarchie, le niveau du bodhisattva du dharmakaya, nous nous trouvons Ă  un niveau complĂštement transcendantal -au delĂ  de la pensĂ©e et au delĂ  des mots. Mais, paradoxalement, le bouddhisme est trĂšs riche en mots Ă  propos de la rĂ©alitĂ© ultime. En français, nous avons « la rĂ©alitĂ© », « la vĂ©ritĂ© », « l'absolu » et c'est Ă  peu prĂšs tout ; mais il y a beaucoup d'autres termes pali et sanskrit, chacun ayant son goĂ»t particulier, sa propre teinte de signification. Le mot dharmakaya est l'un de ces mots. Les gens le traduisent en gĂ©nĂ©ral par « corps de vĂ©ritĂ© » et en restent plus ou moins lĂ . Mais « corps de vĂ©ritĂ© » ne dit rien de la vraie nature du dharmakaya. Dharmakaya, autant qu'on puisse en parler, veut dire rĂ©alitĂ© ultime comme Ă©tant l'essence constitutive de la bouddhĂ©itĂ© et de la bodhisattvaitĂ©, comme Ă©tant la source de l'ĂȘtre Ă©veillĂ© et de la personnalitĂ© Ă©veillĂ©e, de laquelle des formes de bouddhas et de bodhisattvas se dĂ©versent continuellement. Nous considĂ©rerons le dharmakaya dans le contexte de la doctrine mahayana du Trikaya dans le chapitre suivant.

Le bodhisattva du dharmakaya sont de deux sortes (nous rappelant qu'Ă  ce niveau transcendantal on ne peut pas vraiment parler de diffĂ©rence ou de sorte). La premiĂšre est celle des bodhisattvas qui, aprĂšs ĂȘtre devenus bouddhas, gardent leur forme de bodhisattva pour pouvoir continuer Ă  Ɠuvrer dans le monde. Du moins c'est la la façon de voir la question en termes exotĂ©riques. Selon la tradition tibĂ©taine, par exemple, Avalokitesvara est la forme sous laquelle Sakyamuni lui-mĂȘme continue Ă  Ɠuvrer dans le monde. Non qu'Avalokitesvara n'apparaisse qu'au moment de la mort du Bouddha ; ce que nous appelons Avalokitesvara dans le Bouddha est lĂ  Ă  partir du moment oĂč il s'Éveille. Mais au moment du parinirvana, le corps physique tombe et seul l'Ă©lĂ©ment Avalokitesvara reste, pour ainsi dire. Ceci, gĂ©nĂ©ralement parlant, est la perspective mahayana.

DeuxiÚmement il y a les bodhisattvas qui sont des aspects ou des émanations directes du dharmakaya, et n'ont pas d'existence humaine historique au préalable. Toutes ces grandes et glorieuses représentations incarnent un aspect ou un autre de la bouddhéité et il y en a des centaines. Dans certaines formes de méditation vous visualisez un immense ciel bleu, sans nuages, et des mandalas de centaines, de milliers de ces bodhisattvas, remplissant le firmament à l'infini.

Ce bodhisattva du dharmakaya est au plus haut de la hiérarchie des bodhisattvas. La plupart d'entre eux -de forme masculine aussi bien que féminine- ont une apparence gracieuse et fine, avec une longue chevelure cascadante, ornés de joyaux, d'or et d'argent, etc, symbolisant dans tous les aspects de leur apparence la beauté et la richesse du dharmakaya, ses surabondantes manifestations apparaissant continuellement.

Tous sont, en derniĂšre analyse, simplement des aspects diffĂ©rents de notre propre esprit, fondamentalement Ă©veillĂ©, notre propre esprit de Bouddha immanent. Ils sont tous des façons diffĂ©rentes de considĂ©rer le mĂȘme bodhisattva, le seul et mĂȘme pouvoir spirituel Ɠuvrant dans l'univers. En principe il n'y a aucune raison pour que de nouvelles formes de bodhisattvas n'Ă©mergent pas dans le contexte du bouddhisme occidental, comme cela s'est passĂ© -et continue Ă  se passer- dans les autres cultures bouddhistes. De la mĂȘme façon on peut s'attendre Ă  ce que les bodhisattvas prennent une forme diffĂ©rente en occident, parce que les gens les percevront, en feront l'expĂ©rience diffĂ©remment. On doit construire ou crĂ©er une forme Ă  partir de son expĂ©rience ou rĂ©alisation de son principe mĂȘme.

De part leur propre nature d'idĂ©aux, le bodhisattva du dharmakaya reprĂ©sentent pour nous un but trĂšs Ă©loignĂ©. Tout ce que nous pouvons faire est de former l'intention rĂ©solue de traverser l'incommensurable distance qui nous sĂ©pare de ces formes radieuses. Cette intention fait de nous un bodhisattva novice, et elle peut ĂȘtre publiquement reconnue et cĂ©lĂ©brĂ©e sous la forme de la cĂ©rĂ©monie de l'ordination en tant que bodhisattva. Cette ordination comprend la prise des vƓux du bodhisattva -gĂ©nĂ©ralement sous la forme des quatre grands vƓux- et l'acceptation des prĂ©ceptes de conduite du bodhisattva. Dans l'idĂ©al, elle est l'expression naturelle de l'apparition de la volontĂ© d'Ă©veil, du premier bhumi, mais on peut aussi prendre cette ordination en anticipation de cette apparition, comme une condition pour faciliter l'apparition de la bodhicitta.

Il faut insister sur le fait que l'ordination de bodhisattva ne donne aucun statut spirituel. Le statut spirituel, en fait, ne peut pas ĂȘtre confĂ©rĂ©. Elle reprĂ©sente l'engagement public -c'est-Ă -dire en prĂ©sence de la communautĂ© bouddhiste- de faire de son mieux pour ĂȘtre Ă  la hauteur de l'idĂ©al du bodhisattva. Elle ne garantie pas l'apparition de la bodhicitta Ă  un moment ou Ă  un autre. Il est toujours difficile de savoir si la bodhicitta est apparue ou non en quelqu'un. En tout cas, que la bodhicitta soit apparue ou non, que l'on soit prĂȘt ou non Ă  recevoir l'ordination du bodhisattva, que l'on se considĂšre ou non bodhisattva novice, nous pouvons tous contempler, mĂȘme de loin, la glorieuse hiĂ©rarchie des bodhisattvas.

 

 

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21 août, 2007.