Le bouddhisme Zen et le bouddhisme Shin.

Dans le bouddhisme japonais ces deux approches sont représentées par le bouddhisme Zen et le bouddhisme Shin. Zen représente, insiste même sur, la dépendance sur soi, « jiriki » (jap.), le pouvoir personnel. Tandis que Shin, particulièrement le Jodo ShinShu, représente la dépendance sur le pouvoir de l'autre, « tariki » (jap.), qui est dans ce cas le pouvoir spirituel d'Amitabha, le bouddha de la lumière infinie. Ces deux approches sont généralement vues comme étant contradictoires, s'excluant mutuellement ; que si vous suivez une voie, vous ne pouvez suivre l'autre. Autrement dit, soi vous dépendez de vos propres efforts, soi vous dépendez d'un autre pouvoir. Et le bouddhisme est généralement considéré comme une religion d'effort personnel plutôt que d'abandon de soi. Mais ce n'est pas strictement correct. Les textes bouddhistes font référence aux influences bénéfiques qui émanent des bouddha et bodhisattva. On appelle parfois ces influences « ondes de grâce » et l'on dit qu'elles vibrent à partir de régions spirituelles élevées, des bouddha et bodhisattva, et sont ressenties par ceux qui leur sont réceptifs.

Ces ondes de grâce s'élèvent fondamentalement en soi, seulement pas dans le soit dont ont fait l'expérience habituellement. Elles montent des profondeurs, ou descendent des hauteurs si vous préférez, dont on n'est pas conscient habituellement mais vers lesquelles notre prise de conscience peut s'étendre, et qui peuvent en un certain sens être inclues dans un soi grandement élargi.

Le bodhisattva combine les deux approches, pratiquant à la fois patience et vigueur, car les deux sont nécessaires. Parfois, dans la vie spirituelle tout comme dans la vie mondaine, il est nécessaire de s'accrocher, de faire des efforts, de s'évertuer et de lutter. À d'autres moments il vaut mieux lâcher prise, laisser les choses se faire d'elles-mêmes, même les laisser aller à la dérive, les laisser de se passer, sans intervenir. Cependant, il faut savoir quand appliquer chaque approche. Généralement il est prudent de présumer que beaucoup d'efforts personnels, ou virya, seront nécessaires au début. Puis, une fois que l'effort initial a été fait, on peut commencer à faire plus confiance à un pouvoir qui semble venir de l'extérieur de soi-même, ou du moins de l'extérieur de son soi conscient présent. Si l'on commence à dépendre du pouvoir de l'autre trop tôt, on peut finir par s'éloigner tout à fait de la vie spirituelle.

En Inde, à nouveau, on en parle comme de partir en barque. Au début il faut faire beaucoup d'efforts, c'est pénible et ardu, particulièrement si l'on rame à contre-courant. Mais quand on arrive finalement à atteindre le milieu de la rivière, on peut hisser la voile et la brise emmènera le bateau. De la même façon, beaucoup d'efforts sont nécessaires au début de la vie spirituelle, mais vient le moment où l'on entre en contact avec des forces qui sont, dans un certain sens, au-delà de soi - bien que d'un autre côté elles fassent partie de notre plus grand soi - et celles-ci commencent à nous emporter.

Les aspects dynamiques et réceptifs de la vie spirituelle.

Avant de conclure, je veux revenir sur un point. J'ai appelé les aspects dynamiques et réceptifs de la vie spirituelle « masculin » et « féminin » et j'ai suggéré que l'utilisation de ces termes est plus ou moins de l'ordre de la métaphore. Mais pas entièrement. Il y a une correspondance réelle entre masculinité et féminité biologiques et psychologiques, et masculinité et féminité spirituelles. On doit se rappeler que le bodhisattva combine les deux. Cela peut paraître étrange mais on peut décrire le bodhisattva comme étant spirituellement et psychologiquement bisexuel, intégrant le masculin et le féminin à tous les stades de son expérience psychologique et spirituelle. Ceci est très évidemment reflété dans l'iconographie bouddhiste. Dans le cas de certaines représentations de bouddha et bodhisattva il est difficile de dire si elles sont masculines ou féminines. Ceci reflète la bisexualité psychologique et spirituelle du bodhisattva, de toute personne spirituellement développée en fait.

L'idée, ou même idéal, de la bisexualité spirituelle et psychologique nous est quelque peu étranger en Occident moderne. Mais il était connu des anciens gnostiques, une des sectes hérétiques du début de la christianité. L'Évangile selon Thomas, une ouvre gnostique consistant de 112 (114 ?) paroles attribués à Jésus après sa résurrection, et redécouvert en Égypte en 1945, nous offre un passage intéressant. Le logion 23 (22 ?) en particulier nous dit :

« Jésus leur dit :
'Lorsque vous ferez le deux Un et que vous ferez l'intérieur comme l'extérieur,
l'extérieur comme l'intérieur,
le haut comme le bas,
lorsque vous ferez du masculin et du féminin un Unique,
afin que le masculin ne soit pas un mâle et que le féminin ne soit pas une femelle,
lorsque vous aurez des yeux dans vos yeux,
une main dans votre main et un pied dans votre pied,
une icône dans votre icône, alors vous entrerez dans le Royaume ! »
1

Nous pouvons immédiatement voir l'importance et la profonde signification de cet enseignement.

Dans le contexte du bouddhisme, l'idée ou concept, et même la pratique de la bisexualité spirituelle, sont traitées particulièrement dans le Tantra, où la bouddhéité, l'Éveil lui-même, est représenté comme l'union parfaite de la Sagesse et de la Compassion. Dans cette union, ksanti, l'aspect « féminin » de la vie spirituelle devient la Sagesse transcendantale, tandis que l'énergie, l'aspect « masculin », devient la Compassion ; toutes deux pleinement réalisées, au plus haut niveau, au plus fin degré de la perfection. Ainsi, dans le bouddhisme tantrique, on rencontre des représentations de la forme mythique d'un Bouddha en union sexuelle avec une représentation qui est parfois décrite comme la contrepartie féminine de sa propre forme masculine. Bien qu'il y ait deux représentations il n'y a pas deux personnes. Il n'y a qu'une personne, une personne éveillée, en laquelle sont unis raison et émotion, sagesse et compassion. Ces images sont appelées « yab-yum », « yab » voulant dire 'père' et « yum » voulant dire 'mère'. On les considère parfois en occident comme obscènes, voire blasphématoires, mais au Tibet ce symbolisme est considéré comme extrêmement sacré. Il n'a rien à voir avec la sexualité dans un sens ordinaire ; il est la représentation de l'union la plus haute, l'équilibre parfait de « féminin » et « masculin », Sagesse et Compassion, l'idéal de l'Éveil.

1. N.d.T. : extrait de la traduction complète de l'évangile selon Thomas,  Consistoire de Saint Thomas, Strasbourg.

 

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Dernière mise à jour:
21 août, 2007.