Trois domaines de pratique de l’endurance.

Bien sûr ce n'est pas juste une question de pratiquer l'endurance envers ceux qui nous attaquent avec des mots ou des bùtons. Dans la littérature bouddhiste il y a trois domaines de pratique de l'endurance.

Le domaine de la nature.

D'abord il y a la nature : l'univers de la matiĂšre qui nous entoure, plus spĂ©cifiquement le temps qu'il fait. GĂ©nĂ©ralement il fait trop froid ou trop chaud, il y a trop de vent ou trop de pluie, ou pas assez de soleil. Tous ces changements de temps demandent un certain degrĂ© d'endurance. Et puis il y a aussi les cataclysmes naturels que l'homme ne peut contrĂŽler, comme les incendies, inondations, tremblement de terre, foudre. Nous pouvons ĂȘtre amenĂ©s Ă  pratiquer l'endurance face Ă  de tels Ă©vĂ©nements.

Le domaine de notre propre corps.

DeuxiĂšmement nous devons endurer notre propre corps, en particulier quand il est malade ou qu'il souffre. Nous ne devrions pas nous mettre en colĂšre contre notre corps et toutes ses douleurs. AprĂšs tout, nous avons procurĂ© le corps ; nous en sommes responsables. Tout en faisant toujours ce que nous pouvons pour allĂ©ger la souffrance physique, chez nous comme chez les autres, nous devons rĂ©aliser que tout ne pourra pas ĂȘtre enlevĂ©, et devra simplement ĂȘtre supportĂ© avec patience. MĂȘme si nous sommes en bonne santĂ©, tĂŽt ou tard la vieillesse et la mort viendront. Dans l'Occident moderne beaucoup de gens refusent de vieillir de bonne grĂące, cela a parfois des consĂ©quences tragiques. En Orient, et peut-ĂȘtre de façon gĂ©nĂ©rale dans la sociĂ©tĂ© traditionnelle, les gens attendent souvent avec anticipation la vieillesse, ayant tendance Ă  la voir comme l'Ă©poque la plus heureuse de la vie. Toutes les passions et les turbulences Ă©motionnelles de la jeunesse sont apaisĂ©es. On a accumulĂ© de l'expĂ©rience et peut-ĂȘtre, avec cette expĂ©rience, un petit peu de sagesse. Ayant fait passer les choses Ă  la gĂ©nĂ©ration suivante on a moins de responsabilitĂ©s et plein de temps pour la rĂ©flexion, voire la mĂ©ditation. C'est autre chose pour ce qui est de la mort cependant, pour la plupart des gens, oĂč que ce soit, c'est une considĂ©ration qui rend sobre. Mais que cela nous plaise ou non, la mort viendra et nous serions bien avisĂ©s de pratiquer l'endurance envers cette idĂ©e.

Le domaine des autres.

TroisiĂšmement on devrait pratiquer l'endurance envers. les autres. Ce qui est, bien sĂ»r, bien plus ardu que de l'ĂȘtre envers le temps ou mĂȘme les maux du corps. Les autres peuvent ĂȘtre vraiment trĂšs difficiles. Peut-ĂȘtre est-ce pour cela qu'un personnage de Jean-Paul Sartre nous dit :

« L'enfer c'est les autres».

On pourrait ajouter que le paradis c'est les autres aussi, mais c'est une autre histoire.

Dans la littĂ©rature bouddhiste, et mĂȘme dans la vie bouddhiste, l'idĂ©al Ă©levĂ© de l'endurance est parfois portĂ© Ă  des extrĂȘmes impressionnants. Par exemple, comme dans la parabole de la scie. Le Bouddha rassembla tous ses disciples un jour et dit :

« Moines, supposez que traversant une forĂȘt vous ĂȘtes capturĂ©s par des bandits, supposez que Ă  l'aide d'une scie aiguisĂ©e Ă  deux poignĂ©es, ils se mettaient Ă  vous scier membre aprĂšs membre. S'il s'Ă©levait dans votre esprit la plus petite pensĂ©e de malveillance, vous ne seriez pas mes disciples. »

Ceci est le genre d'extrĂȘmes auxquels cet idĂ©al peut - devrait peut-ĂȘtre mĂȘme - ĂȘtre portĂ©, en tant que but ultime. La question n'est pas de serrer les dents et de supporter tout en ressentant colĂšre et ressentiment intĂ©rieurement. L'enseignement du Bouddha est, clairement, que l'endurance est essentiellement une attitude mentale positive, une attitude d'amour. AprĂšs la parabole de la scie, le Bouddha continue disant :

« Ainsi moines, devriez-vous vous entraĂźnez. Quand les hommes disent du mal de vous, vous devez vous entraĂźner ainsi : 'nos cƓurs ne seront pas dĂ©stabilisĂ©s, nous ne donnerons cours Ă  aucun propos malveillant, mais demeurerons compassionnĂ©s envers le bien des autres, le cƓur aimable, sans ressentiment. Et nous imprĂ©gnerons l'homme qui parle ainsi de pensĂ©es ayant l'amour pour compagnon et demeurerons ainsi. Faisant de ceci notre base, ne nous imprĂ©gnerons le monde entier de pensĂ©es aimantes, de grandes portĂ©es, de larges Ă©tendues, sans limite, libres de haine, libres de malveillance et demeurerons ainsi.' Ainsi devez-vous vous entraĂźner. »

L'expression la plus succincte de ce genre d'endurance se trouve dans le Dhammapada qui dit :

« L'endurance est la plus grande des ascÚses. »

Le mot que l'on traduit lĂ  par ascĂšse est « tapo » (ou « tapa »), qui fait gĂ©nĂ©ralement rĂ©fĂ©rence Ă  la pratique de la pĂ©nitence, de l'austĂ©ritĂ©, de l'auto mortification. Il y en avait beaucoup dans l'Inde antique. Les gens jeĂ»naient pendant des mois ou limitaient leur nourriture Ă  quelques grains de riz par jour, ou tous les deux jours, ou une fois par semaine. Ils se pendaient Ă  un arbre la tĂȘte en bas et mĂ©ditaient ainsi, ou se tenaient debout la main en l'air, la gardant ainsi pendant des mois jusqu'Ă  ce qu'elle dĂ©pĂ©risse. Et puis il y avait la pratique cĂ©lĂšbre appelĂ©e « pancca agni tapasya », l'ascĂšse des cinq feux. Pour faire cela vous allumiez des brasiers aux quatre points cardinaux, et quand ils Ă©taient brĂ»lants, vous asseyiez au milieu, avec le soleil, le cinquiĂšme feu, au zĂ©nith au-dessus de vous. Il y a des rĂ©fĂ©rences Ă  ces pratiques d'auto mortification dans les Ă©critures pali. Tout cela Ă©tait trĂšs en vogue du temps du Bouddha. Beaucoup de gens les considĂ©raient comme Ă©tant des moyens de libĂ©ration, croyant que plus on mortifiait la chair plus l'esprit devenait fin, pur, subtil, Ă©veillĂ©.

Mais le Bouddha n'Ă©tait pas d'accord, et il parlait de sa propre expĂ©rience, l'ayant essayĂ© sans faillir pendant six ans, et ayant vu que cela ne marchait pas. En fait il en vint Ă  reconnaĂźtre que c'Ă©tait la patience, l'endurance qui Ă©tait la plus grande des ascĂšses. C'est un peu comme si le Bouddha nous disait :

«  Si vous voulez pratiquer l'ascĂšse, pas besoin de rechercher des occasions spĂ©ciales. Pas besoin de s'asseoir entre cinq feux. Vivez simplement au milieu du quotidien. Cela vous donnera suffisamment l'occasion de pratiquer l'endurance. »

En d'autres termes, si vous supportez les tests et difficultés de la vie, et bien vous pratiquez la meilleure, la plus difficile des ascÚses.

 

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DerniĂšre mise Ă  jour:
21 août, 2007.