Je suis, Ă Seigneur, celui que le Tathagata, lâArhat, le ComplĂštement ĂveillĂ© a montrĂ© comme Ă©tant le plus avancĂ© de ceux qui rĂ©sident dans la Paix. Je suis, Ă Seigneur, un Arhat libre dâaviditĂ©. Et, cependant, Ă Seigneur, il ne me vient pas Ă lâesprit : « Je suis un Arhat et je suis libre dâaviditĂ© ». Si, Ă Seigneur, il pouvait me venir Ă lâesprit que jâavais atteint lâĂ©tat dâArhat, alors le Tathagata nâaurait pas dit de moi : « Subhuti, cet homme de bien, qui est le plus avancĂ© de ceux qui rĂ©sident dans la Paix, ne rĂ©side nulle part. Câest pourquoi il est appelĂ© âun rĂ©sidant dans la Paix, un rĂ©sidant dans la Paixâ ».
Ce nâest pas quâen tant quâArhat Subhuti ne sache pas quâil est un Arhat ; mais quoiquâil sache quâil est un Arhat, il nâen est en mĂȘme temps pas conscient. Il ne voit pas cela comme un objet, et il nâest donc pas pour lui question dâen faire un objet quâil puisse prendre. Sâil doit le prĂ©senter Ă dâautres personnes comme un objet quâil a atteint, il ne le fait que pour se conformer Ă lâusage linguistique. Il ne ressent pas vraiment ou ne pense pas vraiment quâil ait atteint quoi que ce soit ainsi â et câest pour cela quâil lâa atteint.
LâidĂ©e de tĂ©moigner de ce que vous avez atteint est clairement une procĂ©dure Ă risque. Il semble cependant que, dans certaines traditions, presque par politesse, on attend de vous que vous annonciez votre « grade » spirituel. Dans la tradition Zen, cela est poussĂ© jusquâau bout : Ă la fin dâune retraite, le MaĂźtre annonce le nom de tous les bons Ă©lĂšves qui ont atteint le kensho, et ils deviennent les premiers de la classe. Parfois, ils obtiennent mĂȘme des certificats. Il est difficile de se rĂ©fĂ©rer Ă sa propre vue pĂ©nĂ©trante ou rĂ©alisation spirituelle personnelle de maniĂšre naturelle et indĂ©libĂ©rĂ©e, sans se lâapproprier ou lâexploiter de quelque façon subtile. Reconnaissant cela, la tradition bouddhique centrale encourage une rĂ©ticence saine. Si vous observez le silence, ou le cĂ©libat, ou le jeĂ»ne, ou en fait nâimporte quelle pratique, il est absolument crucial, pour cette pratique, quâelle soit observĂ©e dâune façon joyeuse et sans que lâon sâen fasse.
Le fait est que si vous vous attachez trop fortement Ă un Ă©tat spirituel, ce Ă quoi vous vous attachez nâest pas du tout un Ă©tat spirituel. Vous ne pouvez simplement pas avoir dâattitude possessive, mĂȘme envers le concept dâĂveil. Insister trop fortement sur votre rĂ©alisation est une preuve Ă©vidente que vous ne lâavez pas du tout. Robert Burns fait une satire dâun exemple extrĂȘme de ce sĂ©rieux dĂ©faut spirituel (dans ce qui est de maniĂšre Ă©vidente une tradition bien faussĂ©e en tout cas) dans son cĂ©lĂšbre poĂšme, La priĂšre de Saint Willie, qui veut reprĂ©senter les oraisons dâun calviniste Ă©cossais exprimant sa reconnaissance dâĂȘtre bien plus pieux que les autres hommes â sauf quelques petits faux pas dans lâivresse et la fornication.
Mais si nous dĂ©molissons ici la fiertĂ© spirituelle, oĂč se situe la qualitĂ© positive de « fiertĂ© du Bouddha » ? La rĂ©ponse simple est que câest un concept du Vajrayana. Comme le Vajrayana prĂ©suppose le Mahayana et comme, techniquement parlant, la totalitĂ© du Vajrayana prend place dans le dernier des dix bhumis ou « terres » de lâavancĂ©e du Bodhisattva, toute idĂ©e spĂ©cifique du Vajrayana ne sâapplique quâĂ un Bodhisattva « complet ». A ce niveau, la « fiertĂ© du Bouddha » est une conscience sans embarras de lâappartenance Ă la famille du Bouddha, et un sens naturel dâune façon de se comporter qui soit appropriĂ©e Ă un membre de cette famille. En fait, cependant, lâidĂ©e est Ă strictement parler inapplicable dans la famille des Bouddhas, car il nây est littĂ©ralement pas question de se comporter de façon inappropriĂ©e. Il nây a pas de conflit, ni mĂȘme de distinction, entre dĂ©sir et devoir.
Quand Subhuti dit quâil est un de ceux que le Bouddha a montrĂ©s comme Ă©tant « les plus avancĂ©s de ceux qui rĂ©sident dans la paix », il fait allusion Ă un passage bien connu de lâAnguttara-Nikaya du canon pĂąli, dans lequel le Bouddha fait les louanges de chacun de ses quatre-vingts disciples les plus avancĂ©s, et de la qualitĂ© ou de la rĂ©alisation particuliĂšre pour laquelle il est le plus avancĂ©. De cela, il semblerait que lorsque que les gens se dĂ©veloppent, ils deviennent plus individuels, plus caractĂ©ristiques dans ce quâils sont capables et dans ce dont ils sont dotĂ©s. Lâart bouddhique ne rĂ©ussit souvent pas Ă rendre justice Ă cette efflorescence de qualitĂ©s et de talents individuels dans le Sangha. Autour du personnage du Bouddha, les moines sont reprĂ©sentĂ©s comme des rĂ©plications miniatures de lui, moins lâushnisha â une impression qui nâest pas confirmĂ©e par les Ă©critures elles-mĂȘmes.
Les Bodhisattvas, contrairement aux Arhats, sont censĂ©s dĂ©velopper une variĂ©tĂ© de talents, mais il faut dire que mĂȘme le Bouddha nâĂ©tait pas bon Ă tout. Les mille bras dâAvalokitsvara, chacun avec son arme, son outil ou son emblĂšme, reprĂ©sentent le Sangha dans la diversitĂ© de ses capacitĂ©s, ainsi que la diversitĂ© de capacitĂ©s nĂ©cessaires Ă chaque Bodhisattva. Ils reprĂ©sentent lâidĂ©al de la coopĂ©ration, des compĂ©tences travaillant ensemble et se complĂ©tant lâune lâautre â au contraire dâune situation oĂč chacun veut ĂȘtre le chef et insiste sur le fait que son propre champ dâapplication a un poids beaucoup plus grand ou est beaucoup plus distinguĂ© que les choses sans importance dont sâoccupent les autres.
Parmi lâĂ©minente compagnie des disciples du Bouddha, avec tous leurs attributs individuels, il nây avait clairement pas de pĂ©nurie de protagonistes pour le SĂ»tra du Diamant. La personne Ă©vidente, pour jouer le rĂŽle principal avec le Bouddha, aurait Ă©tĂ© Sariputra, « le plus avancĂ© dans la sagesse » â mais la sagesse pour laquelle il est si prééminent est la sagesse intellectuelle et analytique de lâAbhidharma plutĂŽt que la sagesse transcendantale de la Prajñaparamita ; Ă sa place, le compilateur (si nous pouvons dĂ©signer de cette façon historique lâauteur ou les auteurs) du SĂ»tra du Diamant nomme Subhuti comme Ă©tant le disciple le mieux prĂ©parĂ© Ă recevoir la Perfection de la Sagesse.
LâAnguttara-Nikaya nous dit que Subhuti devint un Arhat sur la base (ce qui ne veut bien sĂ»r pas nĂ©cessairement dire au moyen) de sa pratique du metta bhavana, la mĂ©ditation dans laquelle on dĂ©veloppe la bienveillance universelle. Le Bouddha en fait aussi lâĂ©loge comme de celui qui, « enseignant le Dharma sans distinction ni limitation, est le chef de ceux qui vivent loin et en paix ». « Loin et en paix » est la traduction du mot arana, qui est la forme nĂ©gative du terme rana signifiant « violence », mais qui suggĂšre aussi le mot aranya, ou « forĂȘt », qui amĂšne la connotation dâĂ©loignement : câest la raison possible pour laquelle arana a Ă©tĂ© utilisĂ© Ă la place du terme strictement positif pour la paix, santi. La combinaison des qualitĂ©s quâincarne Subhuti est plus suggestive de lâIdĂ©al du Bodhisattva que de lâIdĂ©al de lâArhat (câest-Ă -dire lâIdĂ©al de lâArhat tel que conçu par le Mahayana), et dans le SĂ»tra du Diamant il fait tout Ă fait lâeffet dâĂȘtre mahayaniste.
Le Seigneur demanda : Penses-tu, Subhuti, quâil y ait un dharma que le Tathagata ait appris de Dipankara, le Tathagata, lâArhat, le ComplĂštement ĂveillĂ© ? Subhuti rĂ©pondit : Non, Ă Seigneur, il nây en a pas.
Selon la tradition, celui qui allait ĂȘtre le Bouddha, alors appelĂ© Sumedha et disciple du vingt-quatriĂšme Bouddha le prĂ©cĂ©dant, Dipankara, fut assurĂ© par Dipankara quâil allait atteindre la BouddhĂ©itĂ© ultime. Ce que dit le SĂ»tra du Diamant, cependant, câest que rien du tout ne sâest produit entre Dipankara et Sumedha, et que la grande succession de Bouddhas dans laquelle Dipankara distingue son propre disciple est vide.
En dâautres termes, pour parler strictement, il nây a rien de tel que la tradition bouddhique, en aucun sens littĂ©ral. Il nây a pas de « dĂ©positaire de la vĂ©ritĂ© » (ainsi que la Bible est appelĂ©e par quelques protestants) prononcĂ© une fois pour toutes aux fidĂšles et simplement transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, mĂȘme si les ThĂ©ravadins pensent parfois ainsi au canon pĂąli. Le bouddhisme nâest pas une « religion rĂ©vĂ©lĂ©e », dans ce sens. Il implique une rĂ©vĂ©lation dans le sens oĂč toute connaissance est une espĂšce de rĂ©vĂ©lation, mais il nây a pas une chose qui est rĂ©vĂ©lĂ©e, puis transmise inchangĂ©e.
A cet Ă©gard, mĂȘme lâinsistance portĂ©e par Zen au concept de transmission (le Zen Ă©tant traditionnellement dĂ©fini comme « une transmission spĂ©ciale, hors des Ă©critures ») peut ĂȘtre trompeuse. Il ne fait pas de doute que les meilleurs maĂźtres Zen interprĂštent ce concept clef prĂ©cisĂ©ment comme une succession basĂ©e sur la vĂ©rification de votre comprĂ©hension par quelquâun dont la comprĂ©hension a Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ©e ...et ainsi de suite, en remontant jusquâau Bouddha. Mais il ne fait non plus aucun doute que de nombreuses personnes Ă©tudiant le Zen conçoivent cette transmission en termes trĂšs littĂ©raux, voire matĂ©rialistes â et ceci en dĂ©pit du fait que le SĂ»tra du Diamant est particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© par la tradition Zen.
Il peut y avoir une tradition culturelle, mais non une tradition spirituelle, si par cela nous voulons dire une chose non changeante qui est vraiment passĂ©e ou transmise, comme un vase prĂ©cieux transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration (jusquâĂ ce que quelquâun le fasse tomber). La seule image satisfaisante de la transmission du Bouddha serait un relais de torches enflammĂ©es, certaines dansant, dâautres sâaffaiblissant pour ne plus ĂȘtre quâune Ă©tincelle, et certaines flambant et grondant, mais toutes capables dâallumer la torche suivante.
Une autre façon, plus simple, de lâexpliquer, est de dire que ce que le Bouddha rĂ©vĂšle, câest lui-mĂȘme, et en faisant cela il inspire le disciple Ă ĂȘtre son propre soi ĂveillĂ©.
Le Seigneur dit : si un Bodhisattva disait : « Je vais créer des Champs de Bouddha harmonieux », il parlerait de maniÚre fausse. Et pourquoi ? « Les harmonies des Champs de Bouddha, les harmonies des Champs de Bouddha », Subhuti, ont été enseignées comme étant des non-harmonies par le Tathagata. Il a donc parlé de « Champs de Bouddha harmonieux ».
Un Bodhisattva parlant de crĂ©er des Champs de Bouddha harmonieux « parlerait de maniĂšre fausse », tout comme un musicien devenant trop conscient de la belle musique quâil joue est susceptible de faire une fausse note. Une bonne interprĂ©tation dĂ©pend de lâabsorption complĂšte de lâinstrumentiste dans la musique, sans aucune dĂ©faillance de la concentration. Il en est de mĂȘme pour la pratique de la mĂ©ditation, comme vous le savez peut-ĂȘtre de votre propre expĂ©rience. Si, au cours de votre mĂ©ditation vous pensez tout Ă coup : « na alors, cela va trĂšs bien aujourdâhui... Je suis vraiment concentrĂ©... Oui, ma mĂ©ditation est trĂšs profonde... Je nây ai presque aucune pensĂ©e... » â Eh bien, voilĂ votre mĂ©ditation disparue. A un niveau bien plus Ă©levĂ©, transcendantal, il se passe la mĂȘme chose pour le fait dâĂȘtre un Bodhisattva et de crĂ©er des Champs de Bouddha (ceux-ci sont des domaines dâinfluence dans chacun desquels un Bouddha est personnellement responsable de lâĂ©volution spirituelle des habitants). Que vous mĂ©ditiez ou que vous crĂ©iez des Champs de Bouddha, vous ne pouvez le faire avec succĂšs que si vous le faites naturellement et spontanĂ©ment.
Quâest-ce qui est cependant vraiment créé quand, avec la perfection des moyens habiles, vous crĂ©ez un Champ de Bouddha ? Quel est son statut ontologique ? En quel sens peut-on dire quâil existe ? Quâest-ce que câest ? Conze dĂ©clare que câest « non pas un fait matĂ©riel ou perceptible (...) en rĂ©alitĂ© (...) rien de plus quâune construction mentale. » Dâun autre cĂŽtĂ©, la tradition bouddhique le reprĂ©sente comme existant vraiment, exactement de la mĂȘme façon que ce monde existe : Ă©galement matĂ©riel, Ă©galement perceptible, et en mĂȘme temps Ă©galement vide. En considĂ©rant cela dans lâautre sens, ce monde lui-mĂȘme nâest pas moins une construction mentale que ne lâest un Champ de Bouddha ou une Terre Pure, quoique nous le percevions comme rĂ©el, comme existant. La seule distinction Ă faire entre les deux est quâun Champ de Bouddha est plus archĂ©type et, dâun point de vue relatif, plus proche de la rĂ©alitĂ©, plus proche du transcendantal que ne lâest notre monde, en ce sens que de ce monde (le kamaloka) vous devez passer Ă travers le rupaloka et lâarupaloka pour arriver au transcendantal. Si, donc, les mondes devaient ĂȘtre classĂ©s en trois catĂ©gories ontologiques â lâabsolument rĂ©el, le relativement rĂ©el, et lâapparent ou illusoire â les Champs de Bouddha appartiendraient Ă la deuxiĂšme catĂ©gorie. Si vous Ă©tiez dans un Champ de Bouddha, vous en feriez lâexpĂ©rience comme vous faites lâexpĂ©rience de ce monde : comme dâune rĂ©alitĂ© spatiale. Cependant, dans un sens absolu, un Champ de Bouddha nâest pas plus proche de la rĂ©alitĂ© que ne lâest ce monde, car dans un sens absolu le conditionnĂ© sous quelque forme que ce soit est infiniment distant de lâInconditionnĂ©.
Mais pouvons-nous accepter lâimpression que nous donnent de nombreux textes bouddhiques (une impression que Conze lui-mĂȘme nâexamine pas), que les Bodhisattvas travaillent tout seuls pour mettre en place des Champs de Bouddha, les crĂ©ant entiĂšrement Ă partir de leurs propres mĂ©rites afin que de nombreux autres ĂȘtres puissent ensuite y venir et y habiter ? Un Bodhisattva peut-il Ă©tablir son propre Champ de Bouddha sans tenir compte du point oĂč en sont les autres ĂȘtres ? Non. Au contraire, votre renaissance dĂ©pend des choix spirituels que vous-mĂȘme avez faits, et de votre propre Ă©volution spirituelle, qui doivent contribuer Ă la qualitĂ© du Champ de Bouddha dans lequel vous arrivez. En gardant Ă lâesprit que Conze nous prĂ©vient de ne pas pousser trop loin lâidĂ©e dâun Bodhisattva « crĂ©ant » un Champ de Bouddha (le mot sanskrit nishpadayati signifie aussi « accomplir, achever, parachever et mĂ»rir »), il semblerait sĂ»rement que ce qui vous amĂšne Ă un Champ de Bouddha plutĂŽt quâĂ un autre est un lien trĂšs fort avec le Bodhisattva responsable de lâĂ©tablissement de ce Champ de Bouddha. A partir dâune certaine Ă©tape, donc, peut-ĂȘtre mĂȘme Ă partir de lâĂ©tape initiale, le Bodhisattva travaille trĂšs probablement dans des vies successives avec une foule dâautres ĂȘtres ; et lorsque le Bodhisattva en vient, finalement, Ă Ă©tablir le Champ de Bouddha dans lequel ils naissent tous, il le fait en conjonction avec eux. Le Bouddha dâun Champ de Bouddha a simplement jouĂ© le rĂŽle principal dans sa crĂ©ation.
Cette supposition cadre bien avec la tradition bouddhique. Dans les histoires des Jatakas, les personnes dâun mĂȘme groupe â Devadatta, Rahula, Ananda et dâautres â renaissent vie aprĂšs vie avec celui qui va devenir le Bouddha. Lorsquâil devient ĂveillĂ©, ils deviennent tous ses disciples et tous, Ă lâexception de Devadatta, deviennent ĂveillĂ©s aprĂšs lui. Dans le contexte du Hinayana on a donc le concept dâun groupe de personnes, sous la conduite dâune puissante personnalitĂ©, qui toutes traversent ensemble vie aprĂšs vie jusquâĂ ce que, finalement, dans leur toute derniĂšre vie, elles Ă©mergent dans le monde et atteignent ensemble lâĂveil. La version du Mahayana de cette confrĂ©rie est un groupe dâĂȘtres renaissant encore et encore dans diffĂ©rents mondes, voire dans diffĂ©rents systĂšmes de mondes, mais toujours ensemble, et finissant dans un monde Ă eux, si lâon peut dire, un monde quâils ont créé par leurs efforts communs. Et, contrairement Ă lâidĂ©e quâa le Hinayana du monde dans lequel vous finissez â qui est un monde impur â le monde que, selon le Mahayana, vous avez aidĂ© Ă crĂ©er, nâest pas quâun Champ de Bouddha, mais un Champ de Bouddha pur. Le point important sur lequel les deux traditions sont dâaccord est que la vie spirituelle est une entreprise faite en commun, voire en coopĂ©ration, en association ininterrompue avec dâautres ĂȘtres.
Ce que le Bouddha rĂ©pĂšte ici (« Les harmonies des Champs de Bouddha, les harmonies des Champs de Bouddha ») est un exemple dâexpression idiomatique aussi trouvĂ©e dans les Ă©critures pĂąlies, et employĂ©e de façon Ă©vidente pour accentuer. Elle fournit de maniĂšre Ă©vidente une façon fiable dâenregistrer une accentuation, tant dans la communication orale du Dharma que dans les textes Ă©crits, le devanagari, lâĂ©criture manuscrite utilisĂ©e, nâayant pas de conventions dâimprimerie telles que les lettres majuscules, le soulignement et les italiques ; mais il semble aussi probable que cette expression reprĂ©sente la maniĂšre quâavaient vraiment les gens de parler.
Alors donc, Subhuti, le Bodhisattva, le grand ĂȘtre, devrait produire une pensĂ©e non-soutenue, câest-Ă -dire une pensĂ©e qui nâest nulle part soutenue, une pensĂ©e qui nâest soutenue ni par des vues, ni par des sons, ni par des odeurs, ni par des goĂ»ts, ni par des tangibles, ni par des objets de lâesprit.
Conze dit que ceci se rĂ©fĂšre Ă lâapratishthita-nirvana, le nirvana final dâun Bodhisattva, non fixĂ© ni soutenu. Quoique libĂ©rĂ© du samsara, le Bodhisattva ne sâinstalle pas dans le nirvana et peut continuer Ă apparaĂźtre dans le domaine du samsara sans y appartenir en aucune façon. Nous ne devons pas imaginer que le Bodhisattva est coincĂ© dans un Champ de Bouddha, sâoccupant de nombreux disciples. A ce niveau, un Bodhisattva nâest limitĂ© dâabsolument aucune façon, et il est mĂȘme capable de prendre diffĂ©rents corps pour remplir diffĂ©rentes fonctions dans diffĂ©rentes parties de lâunivers. Le terme « non soutenu » ne doit cependant pas ĂȘtre pris trop littĂ©ralement ; dans ce contexte, il signifie « non exclusivement identifiĂ© avec ceci ou cela », « non partial ». En dâautres termes il ne faut pas penser de maniĂšre dualiste au Bouddha, ou Ă un Bodhisattva au dixiĂšme bhumi.
Houei-neng, le sixiĂšme patriarche de lâĂ©cole Zen du Sud, raconte dans le SĂ»tra de lâEstrade comment il atteignit lâĂveil en entendant ces mots. Alors que la littĂ©rature Zen tend Ă utiliser le mot « Ă©veil » dâune façon assez lĂąche et libĂ©rale, pour le genre de vue pĂ©nĂ©trante que vous pouvez avoir au cours de votre premier week-end de retraite, lâexpĂ©rience de Houei-neng Ă©quivalait sĂ»rement Ă la Vue PĂ©nĂ©trante avec un V et un P majuscules. Par ailleurs, il est aussi vrai de dire que cette rĂ©elle Vue PĂ©nĂ©trante a pour support un certain nombre de petites vues pĂ©nĂ©trantes. La mĂȘme petite vue pĂ©nĂ©trante, rĂ©pĂ©tĂ©e suffisamment souvent pour amener le genre de changement qui va faire pencher lâĂ©quilibre de votre ĂȘtre jusquâau point de lâEntrĂ©e dans le Courant, devient de ce fait une rĂ©elle Vue PĂ©nĂ©trante. Câest comme donner des coups de marteau sur un rocher, jusquâĂ ce quâau vingtiĂšme coup le rocher Ă©clate. Les coups prĂ©cĂ©dents ont tous contribuĂ© Ă lâĂ©clatement du rocher â mais seulement si le vingtiĂšme vient Ă ĂȘtre donnĂ©. Dâune façon il est donc difficile de dĂ©terminer si une vue pĂ©nĂ©trante seule nâest quâune vue pĂ©nĂ©trante ou si elle fait vraiment partie du processus dâĂ©clatement du rocher. Ce que nous pouvons dire câest que pour Houei-neng câest Ă ce point du SĂ»tra du Diamant que le rocher a Ă©clatĂ©.
Par Urgyen Sangharakshita.
Une introduction au Sûtra du Diamant.
1. Un commentaire du Sûtra du Diamant
2. pourquoi un Bouddha médite-t-il?
3. le révolution essentielle,
4. le nature de la générosité,
5. comment reconnaĂźtre un Bouddha,
6. le radeau du Dharma,
7. vue Pénétrante avec un V et P majuscules,
8. * terre saintes,
9. pousser lâesprit jusquâĂ ses limites,
10. un sens du sublime,
11. le perfection de la patience,
12. une bouffée de non sens,
13. remis Ă sa place,
14. la réalité du Bouddha,
15. ne pas se laisser tromper par les illusions.
© âWisdom beyond wordsâ Sangharakshita, Windhorse Publications 1993, traduction © Christian Richard 2003.
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DerniĂšre mise Ă jour:
04 avril, 2007.