Srivatsa, le nœud sans fin

La conditionnalité.

La conditionnalité est le cœur de l'enseignement du Bouddha. Les bouddhistes l'appellent la coproduction conditionnée (pratitya-samutpada en sanskrit) ; c'est le fait que tout - de l'univers aux états d'esprit - apparaît en dépendance de conditions, et cesse quand les conditions cessent.

Cette coproduction conditionnée n'est pas un concept, une construction intellectuelle. Nous pouvons tous en faire l'expérience, à chaque instant - considérez par exemple l'infinité de conditions qui ont mené au fait que vous lisiez ces lignes - de l'évolution biologique à l'invention de l'électricité, de la rencontre des grands-parents du rédacteur aux raisons de votre intérêt pour le bouddhisme… Pour avoir une compréhension plus profonde et intuitive de la coproduction conditionnée, cependant, la contemplation de cette vérité en méditation est nécessaire.

Et l'on voit que ce n'est pas qu'une question de conditionnalité, mais aussi d'interdépendance, d'interrelation entre toutes choses.

De la conditionnalité découlent les trois caractéristiques de l'existence (lakshanas) :

Mais la conditionnalité n'est pas une chose aussi négative que ces trois caractéristiques peuvent en donner l'impression : l'impermanence est aussi la promesse du changement décidé, la possibilité de la croissance spirituelle, de l'avancée vers l'Éveil.

La coproduction conditionnée est présentée de nombreuses façons dans les écritures bouddhiques, implicitement et explicitement. Traditionnellement, elle s'exprime au travers d'un verset en pâli souvent récité dans les pays bouddhistes orientaux :

imasmim sati, idam hoti ;
imassuppâdâ, idam uppajjati.
Imasmim asati, idam na hoti ;
imassâ nirodha, idam nirujjhati.

Que l'on peut traduire par :

Ceci étant, cela devient ;
Ceci apparaissant, cela naît.
Ceci n'étant pas, cela ne devient pas ;
Ceci cessant, cela cesse [de naître].

Dans son enseignement, Sangharakshita distingue deux modes de conditionnalité :

Ces modes de conditionnalité sont tous deux présents dans les écritures bouddhiques (par exemple, le Lalitavistara montre comment le Bouddha, lorsqu'il a atteint l'Éveil, a clairement vu les douze maillons de la conditionnalité cyclique ; et le Sutta Upanissa présente les liens de la chaîne de conditionnalité progressive). Mais la tradition a généralement peu parlé de la conditionnalité progressive ; une des forces de l'enseignement de Sangharakshita est d'avoir constamment insisté sur les aspects positifs du chemin vers l'Éveil.

Enfin, la coproduction conditionnée est une des bases de la compassion. Tout étant en interrelation, notre souffrance et celle des autres sont liées, nos actions ont des conséquences sur les autres et les actions des autres ont des conséquences sur nous. Nous avons tous le choix - plus que le choix, la responsabilité - d'agir d'une façon qui soit positive et favorable pour nous et pour le monde.