Ce qu’est rĂ©ellement la mĂ©ditation.

[PDF]  Au cours de ces derniĂšres dĂ©cennies, diverses parties du monde, et l’occident peut-ĂȘtre en particulier, ont subi un bon nombre de changements. Des changements politiques ont eu lieu ainsi que des changements sociaux et culturels, et aussi d’importants changements dans la technologie. Nous pourrions presque dire que, durant ces derniĂšres dĂ©cennies, le monde, et surtout l’occident, a vu plus de changements que durant toute autre pĂ©riode historique de durĂ©e Ă©gale.

En ce qui concerne les affaires humaines tout au moins, nous avons vu durant cette pĂ©riode un rythme de changement s’accĂ©lĂ©rant constamment. Il semble qu’il y ait de plus en plus de changements, en moins en moins de temps. Auparavant, quand le rythme de la vie Ă©tait plus lent et que les gens avaient le temps de « grandir », plusieurs gĂ©nĂ©rations pouvaient se succĂ©der avant qu’un changement dans un domaine particulier de la vie devienne visible. Mais il n’en est plus ainsi. A prĂ©sent, ces changements se remarquent au cours d’une gĂ©nĂ©ration, parfois mĂȘme en l’espace de dix ans – ou de cinq. Et nous voyons ces changements de plus en plus rapides dans pratiquement tous les domaines de la vie et des entreprises humaines, qu’ils soient politiques, sociaux, Ă©conomiques ou culturels.

Mais nous ne considĂ©rerons ici que l’un de ces domaines que, pour utiliser un terme pratique, neutre et gĂ©nĂ©ral, j’appellerai le domaine culturel. Dans ce domaine particulier, l’un des plus vastes, et potentiellement l’un des plus importants, des changement rĂ©cents concernent le sujet de la mĂ©ditation.

Il y a quinze ou vingt ans, l’occident avait Ă  peine entendu parler de la mĂ©ditation. La connaissance ou l’intĂ©rĂȘt qui existait Ă  ce propos Ă©tait confinĂ© Ă  des groupes obscurs et Ă  des individus excentriques. Mais nous pouvons aujourd’hui dire qu’à peu prĂšs tout le monde a entendu le terme de “mĂ©ditation”. NĂ©anmoins, bien que le mot soit largement rĂ©pandu, cela ne veut pas dire que ce qu’il signifie – ce qu’est rĂ©ellement la mĂ©ditation – soit vraiment bien compris.

Bien des fois, j’ai entendu des gens dire : « mĂ©diter, c’est ne plus penser, faire le vide. ». D’autres pensent que mĂ©diter veut dire simplement s’asseoir et ne rien faire. S’asseoir et ne rien faire peut ĂȘtre - et ne pas ĂȘtre - une bonne chose, mais ce n’est pas mĂ©diter. Parfois vous entendez aussi dire, ou mĂȘme vous lisez, que la mĂ©ditation consiste Ă  s’asseoir et Ă  se regarder le nombril, peut-ĂȘtre en louchant, ou que cela consiste Ă  « entrer dans une sorte de transe » (il est regrettable qu’un auteur connu et gĂ©nĂ©ralement fiable de livres sur le bouddhisme ait dans une certaine mesure popularisĂ© le terme de « transe » comme Ă©tant synonyme de mĂ©ditation). D’autres personnes pensent que mĂ©diter c’est simplement s’asseoir tranquillement et penser aux choses, « retourner des choses dans son esprit ». D’autres encore pensent que cela consiste Ă  se mettre soi-mĂȘme dans une sorte d’état hypnotique. Et ce ne sont lĂ  que quelques uns des malentendus les plus populaires et les plus rĂ©pandues sur la mĂ©ditation.

Le pourquoi de ces malentendus paraĂźt assez Ă©vident. La mĂ©ditation est relativement nouvelle en occident, tout au moins l’occident moderne. Il n’y a rien de semblable dans l’éventail de notre expĂ©rience, dans l’histoire rĂ©cente du moins. Nous n’avons mĂȘme pas les mots adĂ©quats, les termes spĂ©cialisĂ©s adĂ©quats pour dĂ©crire les Ă©tats de la mĂ©ditation et ses processus. Il est donc bien naturel qu’à l’origine il y ait des malentendus.

Nous devons Ă©galement nous souvenir que la mĂ©ditation et essentiellement quelque chose qui doit se pratiquer, que c’est quelque chose que l’on fait, ou dont on fait l’expĂ©rience. Mais la plupart des gens ne connaissent la mĂ©ditation que par ouĂŻ-dire. Leur connaissance n’a pas pour base une pratique et une expĂ©rience personnelles. Ils se basent donc sur des informations qui ont Ă©tĂ© relayĂ©es deux, trois, ou mĂȘme quatre fois. Certains ont puisĂ©, ou peut-ĂȘtre ont du puiser leur connaissance de la mĂ©ditation exclusivement dans des livres. Il y a maintenant un bon nombre de livres disponibles qui traitent ou prĂ©tendent traiter de la mĂ©ditation. Mais malheureusement, ces livres eux-mĂȘmes sont souvent basĂ©s sur des ouĂŻs dire plutĂŽt que sur une connaissance et une expĂ©rience personnelles. Dans certains cas ils peuvent mĂȘme ĂȘtre basĂ©s sur une pure imagination, pour ne pas dire une spĂ©culation. Il y a dĂ©jĂ  dans ce domaine un certains nombre de soi-disant experts. Lorsque quelque chose devient populaire, et c’est le cas de la mĂ©ditation, il n’y a que trop de gens prĂȘts Ă  profiter de l’aubaine. Cela me rappelle mon expĂ©rience personnelle pendant l’annĂ©e du Bouddha Jayanti, annĂ©e qui, dans le monde bouddhiste, marquait le 2 500Ăšme anniversaire du Parinirvana (mort physique) du Bouddha et donc les 2 500 ans du bouddhisme. Le gouvernement de l’Inde patronna des cĂ©lĂ©brations en Inde, tandis que diffĂ©rents gouvernements d’Asie du Sud-Est organisĂšrent des cĂ©lĂ©brations dans leur pays respectif. Tout cela crĂ©a une grande vague d’intĂ©rĂȘt et, comme il y avait une forte demande d’ouvrages Ă©crits, toutes sortes de gens se mirent Ă  Ă©crire des livres, des pamphlets et des articles sur le bouddhisme, dans beaucoup de cas sans avoir la moindre qualification. Et tous ces gens, compilant des documents divers et variĂ©s, parfois de sources fiables et parfois de sources douteuses, de produire chacun ainsi un autre « ouvrage » sur le bouddhisme.

En occident, il y a de nos jours un boom sur la spiritualitĂ© en gĂ©nĂ©ral et, dans une moindre mesure, sur la mĂ©ditation. Beaucoup de gens sont insatisfaits de leur vie de tous les jours, de la maniĂšre conventionnelle dont ils vivent et agissent. En dĂ©pit des grands succĂšs pratiques de la science en ce qui concerne le monde matĂ©riel, les gens ne peuvent accepter une explication purement scientifique de la vie alors que, en mĂȘme temps, il ne peuvent non plus accepter les explications traditionnelles, essentiellement judĂ©o-chrĂ©tiennes des choses. Ils se mettent donc en quĂȘte de quelque chose qui les satisfasse de maniĂšre plus profonde, plus permanente, plus crĂ©ative et plus constructive. Certains cherchent dans la direction des traditions spirituelles orientales et particuliĂšrement dans celle de la mĂ©ditation. Ils veulent apprendre ce qu’est la mĂ©ditation et la pratiquer – ils veulent suivre des cours de mĂ©ditation, aller Ă  des week-ends de mĂ©ditations – et c’est ainsi qu’une demande pour la mĂ©ditation se crĂ©e.

Il y a trop de gens, bien sĂ»r, qui sont prĂȘts Ă  rĂ©pondre Ă  cette demande – parfois moyennant rĂ©munĂ©ration. Certains peuvent ĂȘtre tout Ă  fait qualifiĂ©s pour rĂ©pondre Ă  cette demande, je veux dire qualifiĂ©s pour enseigner la mĂ©ditation, et d’autres ne peuvent pas l’ĂȘtre. Ainsi se crĂ©ent aussi toutes sortes de malentendus. La mĂ©ditation est souvent identifiĂ©e avec une forme particuliĂšre de mĂ©ditation, ou avec une technique de concentration particuliĂšre. Les gens ne comprennent peut-ĂȘtre pas toujours bien qu’il y a de nombreux types de mĂ©ditation – de nombreuses mĂ©thodes – et de nombreuses techniques de concentration. Il arrive que des gens qui ne connaissent, ou qui ne pratiquent qu’une mĂ©thode aient tendance Ă  identifier la mĂ©ditation en gĂ©nĂ©ral exclusivement avec cette mĂ©thode ou cette technique particuliĂšre. Ils peuvent prĂ©tendre que cette mĂ©thode est la meilleure, ou mĂȘme que c’est la seule, et que vous ne mĂ©ditez pas du tout Ă  moins que vous ne le fassiez de cette maniĂšre-lĂ , en utilisation cette technique-lĂ . D’aprĂšs eux, les autres techniques, les autres mĂ©thodes, les autres traditions, n’ont aucune valeur. C’est le genre d’affirmation que l’on trouve. Il devient donc d’autant plus important de clarifier ce qui est confus et de rĂ©soudre les malentendus. Il devient important de comprendre en quoi consiste vraiment la mĂ©ditation. Pour ce faire, nous devrons garder Ă  l’esprit la distance entre l’idĂ©al et le rĂ©el, entre l’homme ÉveillĂ©, ou le Bouddha, et l’homme ordinaire, non-Ă©veillĂ©. Nous devrons garder Ă  l’esprit la nature mĂȘme du Bouddhisme.

Le Bouddha ou homme ÉveillĂ©, reprĂ©sente un Ă©tat, une rĂ©alisation, une façon d’ĂȘtre et un mode de conscience qui n’ont pas vraiment d’équivalent dans la pensĂ©e occidentale, et pour lesquels nous n’avons, par consĂ©quent, pas de mot ou de terme Ă©quivalent. « Bouddha » ne signifie pas Dieu, Être suprĂȘme, crĂ©ateur de l’univers, ni non plus incarnation de Dieu. « Bouddha » ne signifie pas non plus homme dans le sens ordinaire. Il vaut mieux plutĂŽt penser au Bouddha, Ă  l’Être ÉveillĂ©, en terme d’évolution. Le Bouddha, l’ÉveillĂ©, est un homme. Mais, c’est un homme d’un genre tout Ă  fait particulier, un homme plus dĂ©veloppĂ©. En fait c’est un homme infiniment dĂ©veloppĂ©. C’est-Ă -dire que c’est un homme qui a atteint et rĂ©alisĂ© pleinement l’état de perfection spirituelle que nous appelons l’Éveil. VoilĂ  ce que « Bouddha » veut dire. Et le bouddhisme est tout ce qui aide Ă  franchir l’abĂźme entre l’idĂ©al et le rĂ©el, tout ce qui aide Ă  transformer l’ĂȘtre humain non-Ă©veillĂ© en ĂȘtre humain ÉveillĂ©, tout ce qui nous aide Ă  grandir, Ă  Ă©voluer, Ă  nous dĂ©velopper. Lorsque l’homme rĂ©el devient l’homme idĂ©al – lorsque l’homme non-Ă©veillĂ© se transforme en homme ÉveillĂ© – un changement extraordinaire a lieu – peut-ĂȘtre le changement et le dĂ©veloppement humain le plus grand qui puisse arriver. Et c’est ce genre de dĂ©veloppement que nous appelons la vie spirituelle, ou le processus de ce que l’on nomme parfois Évolution. Mais qu’est–ce qui change ? En quoi consiste ce dĂ©veloppement ?

Il est Ă©vident que ce n’est pas le corps physique qui change, l’homme ÉveillĂ© ressemblant physiquement Ă  celui qui ne l’est pas. Le changement qui a lieu est un changement purement mental, en utilisant ce dernier terme dans son sens le plus large. C’est la conscience qui se dĂ©veloppe . Nous pourrions dire que c’est lĂ  que rĂ©side la grande diffĂ©rence entre l’Évolution SupĂ©rieure d’une part, et l’Évolution InfĂ©rieure de l’autre. Ce que nous appelons l’Évolution InfĂ©rieure correspond Ă  tout le processus de dĂ©veloppement qui part de l’amide et qui aboutit Ă  l’homme ordinaire, c’est-Ă -dire Ă  l’homme non Ă©veillĂ©. C’est un processus essentiellement biologique, qui ne devient psychologique que vers la fin. L’Évolution SupĂ©rieure correspond Ă  tout le processus exclusivement psychologique et spirituel, un processus qui part de l’homme non-Ă©veillĂ© et aboutit Ă  l’homme ÉveillĂ© ; et c’est un processus exclusivement psychologique et spirituel, un processus qui peut en fin de compte devenir totalement dissociĂ© du corps physique.

Le bouddhisme traditionnel parle en termes de quatre stades ou niveaux de conscience, chacun Ă©tant plus Ă©levĂ© que le prĂ©cĂ©dent. Il y a tout d’abord la conscience associĂ©e avec le « monde » ou le niveau d’expĂ©rience sensorielle. DeuxiĂšmement, il y a la conscience associĂ©e au « monde » ou au niveau des formes mentales et spirituelles – le monde ou niveau des archĂ©types. Puis il y a la conscience associĂ©e au « monde » ou au niveau du sans forme. Et enfin, il y a la conscience associĂ©e Ă  la voie transcendantale, c’est-Ă -dire Ă  la voie qui mĂšne directement au Nirvana, Ă  l’Éveil, Ă  la BouddhĂ©itĂ©, et aussi associĂ©e au Nirvana, Ă  l’Éveil et Ă  la BouddhĂ©itĂ© mĂȘmes.

Il existe une autre classification que nous utilisons parfois et qui est peut ĂȘtre plus pratique. Il y a lĂ  aussi quatre stades ou niveaux de conscience, quoiqu’ils ne correspondent pas exactement Ă  ceux que nous avons dĂ©jĂ  Ă©numĂ©rĂ©s. Nous commençons par ce que nous appelons la conscience sensorielle, c’est-Ă -dire la conscience associĂ©e aux objets tels que nous en faisons l’expĂ©rience au travers des sens physiques. Elle est parfois connue sous le nom de conscience simple, ou conscience animale. C’est la conscience que nous partageons avec des membres du royaume animal. DeuxiĂšmement, il y a la conscience de soi : non pas la conscience de soi dans le sens familier du terme, mais la conscience de soi dans le sens d’ĂȘtre conscient que nous sommes conscients, dans le sens de savoir que nous savons. Cela est parfois appelĂ© la conscience rĂ©flexive, parce qu’ici en quelque sorte, la conscience se replie sur elle-mĂȘme, se connaĂźt, fait l’expĂ©rience d’elle-mĂȘme, prend conscience d’elle-mĂȘme. Nous pourrions peut-ĂȘtre dire que cette conscience de soi, ou conscience rĂ©flexive, est la conscience humaine au sens plein du terme. TroisiĂšmement, il y a ce que nous appelons la conscience transcendantale, c’est-Ă -dire dire la conscience de la RĂ©alitĂ© – la RĂ©alitĂ© Ultime – voire le contact personnel direct avec la RĂ©alitĂ©, ressentie comme un objet se trouvant « au dehors ». Il y a enfin la Conscience absolue dans laquelle la relation sujet-objet est entiĂšrement dissoute, et dans laquelle la RĂ©alitĂ© ultime est totalement rĂ©alisĂ©e et transcende complĂštement la dualitĂ© sujet-objet.

Dans ces deux classifications, le premier niveau de conscience est celui qui est, de façon prĂ©dominante, celui de l’homme ordinaire non Ă©veillĂ©, de l’homme qui n’essaie mĂȘme pas de se dĂ©velopper spirituellement. Et, dans les deux cas, le quatriĂšme niveau de conscience est celui de l’homme ÉveillĂ©.

Nous pouvons maintenant commencer Ă  voir en quoi consiste essentiellement la vie spirituelle – c’est-Ă -dire l’Évolution SupĂ©rieure. Nous pouvons dire qu’elle consiste en une progression continue d’états d’ĂȘtre et de conscience du plus bas vers le plus Ă©levĂ©, le toujours plus Ă©levĂ© : du monde de l’expĂ©rience sensorielle Ă  celui de la forme mentale et spirituelle, du monde mental et spirituel au monde sans forme vers le Nirvana, ou l’Éveil, ou bien de la conscience sensorielle Ă  la conscience de soi, de la conscience de soi Ă  la conscience transcendantale, et de la conscience transcendantale Ă  la conscience absolue.

Nous pouvons maintenant commencer Ă  voir ce qu’est rĂ©ellement la mĂ©ditation. Nous le verrons d’autant plus clairement que nous avons passĂ© un peu de temps sur ces dĂ©finitions fondamentales. Il y a nĂ©anmoins encore une chose que nous devons considĂ©rer. Nous avons dit que la vie spirituelle consistait en un dĂ©veloppement de la conscience, et que le bouddhisme, le Dharma, l’enseignement du Bouddha, Ă©tait tout ce qui aide Ă  ce dĂ©veloppement. Mais il y a deux maniĂšres diffĂ©rentes de dĂ©velopper la conscience, ou au moins, deux mĂ©thodes diffĂ©rentes pour l’aborder. Nous les appelons la mĂ©thode subjective et la mĂ©thode objective, ou la mĂ©thode directe et la mĂ©thode indirecte. Ayant reconnu cette distinction, nous avons enfin la base pour voir ce qu’est rĂ©ellement la mĂ©ditation. La mĂ©ditation est la mĂ©thode subjective ou directe qui nous permet d’élever le niveau de notre conscience, en travaillant directement sur l’esprit lui-mĂȘme.

Cependant, je dois d’abord dire quelque chose des mĂ©thodes « objectives » ou indirectes utilisĂ©es pour Ă©lever le niveau de la conscience. Certains semblent penser que la mĂ©ditation est la seule mĂ©thode pour Ă©lever le niveau de la conscience, disant ainsi que la conscience ne peut ĂȘtre Ă©levĂ©e qu’en travaillant directement sur l’esprit. Ces gens-lĂ  identifient donc la mĂ©ditation avec la vie spirituelle, et la vie spirituelle exclusivement avec la mĂ©ditation. Ils affirment que vous ne pouvez pas avoir une vie spirituelle si vous ne mĂ©ditez pas. Ils associent mĂȘme parfois la vie spirituelle Ă  une mĂ©thode spĂ©cifique de mĂ©ditation, ou Ă  une technique de concentration particuliĂšre. Mais c’est une perspective beaucoup trop Ă©troite. Elle nous fait oublier ce qu’est vraiment la vie spirituelle – c’est-Ă -dire l’élĂ©vation du niveau de conscience – et elle nous fait parfois oublier ce qu’est rĂ©ellement la mĂ©ditation. Il est vrai bien sĂ»r qu’il est au moins aussi important d’élever la conscience par des mĂ©thodes directes que de le faire par des mĂ©thodes indirectes ; nous pourrions mĂȘme dire que c’est peut-ĂȘtre plus important. Mais nous ne devons pas oublier qu’il existe d’autres mĂ©thodes : si nous l’oublions, notre approche devient trop partielle, et si nous agissons ainsi nous avons tendance Ă  rendre la vie spirituelle elle-mĂȘme partielle, voire Ă  exclure certaines personnes, par exemple celles qui ont un caractĂšre particulier, ou qui ne sont peut-ĂȘtre pas intĂ©ressĂ©es par la mĂ©ditation. ConsidĂ©rons donc briĂšvement quelques-unes de ces mĂ©thodes indirectes, non mĂ©ditatives,  qui aident Ă  Ă©lever le niveau de conscience.

Il y a tout d’abord le changement d’environnement. Nous utilisons cela tout Ă  fait consciemment comme un moyen indirect pour changer et, espĂ©rons-le, Ă©lever notre niveau de conscience, lorsque nous allons en retraite – peut-ĂȘtre Ă  la campagne, dans un centre de retraite. Nous y passons quelques jours, voire quelques semaines, dans un environnement plus plaisant, plus agrĂ©able, en ne faisant peut ĂȘtre mĂȘme rien de spĂ©cial. Cela aide souvent plus qu’on ne le rĂ©alise, et suggĂšre que l’environnement dans lequel nous devons normalement vivre et travailler n’est pas particuliĂšrement bon pour nous – ne nous aide pas Ă  Ă©lever le niveau de notre conscience. Il semble que, dans la plupart des cas, un changement positif d’environnement conduit tout naturellement Ă  une Ă©lĂ©vation du niveau de conscience – mĂȘme sans aucun effort supplĂ©mentaire.

Une autre maniĂšre pratique, simple et indirecte d’accroĂźtre le niveau de la conscience, est ce que le Bouddhisme appelle le Travail Éthique. Presque tout le monde doit travailler pour vivre. Bon nombre d’entre nous font le mĂȘme genre de travail tous les jours, cinq jours par semaine, quarante-huit semaines par an. Et nous le ferons peut-ĂȘtre pendant cinq, dix, vingt, vingt-cinq ou trente ans jusqu’à ce que nous atteignions l’ñge de la retraite. Tout cela affecte continuellement nos Ă©tats d’esprit. Si notre travail est mentalement, moralement, ou spirituellement malsain, l’effet qu’il aura sur notre esprit sera Ă©galement malsain. Le Bouddhisme, l’enseignement du Bouddha, nous conseille fortement d’examiner la maniĂšre dont nous gagnons notre vie et de pratiquer le Travail Éthique, c’est-Ă -dire une occupation qui n’abaisse pas le niveau de notre conscience, qui ne nous empĂȘche pas non plus de l’augmenter, et qui ne porte pas dommage Ă  d’autres ĂȘtres vivants. La tradition bouddhique liste un nombre d’occupations qu’elle considĂšre nuisible au dĂ©veloppement mental : ĂȘtre boucher, nĂ©gociant en armements, vendeur de boissons alcoolisĂ©es, etc
 Ce changement dans la nature de votre occupation (Ă  supposer que la profession que vous exercez Ă  prĂ©sent ne soit pas tout Ă  fait Ă©thique), ce seul fait de changer de travail, d’endroit, d’environnement, ce changement de genre de personnes avec lesquelles vous travaillez, du type de choses que vous faites chaque jour, aura un effet positif et vous aidera Ă  amĂ©liorer le niveau de votre conscience – ou tout au moins il ne l’empĂȘchera pas de s’élever.

De maniĂšre plus spĂ©cifique et concrĂšte nous pouvons ajouter l’importance d’avoir une vie rĂ©guliĂšre et disciplinĂ©e : quelque chose qui semble ĂȘtre de moins en moins populaire. Cela peut consister dans l’observation et la pratique de certains prĂ©ceptes et principes moraux ; avoir des heures rĂ©guliĂšres pour les repas, le travail, la relaxation et l’étude, le sommeil et la parole – peut-ĂȘtre mĂȘme jeĂ»ner de temps en temps, ou observer le silence pendant quelques jours ou quelques semaines. Lorsque cette vie disciplinĂ©e est pratiquĂ©e dans sa forme complĂšte nous l’appelons la vie monastique. Au cours des annĂ©es, on peut voir trĂšs clairement le changement dans l’état, le niveau de conscience de ceux qui vivent une vie aussi rĂ©guliĂšre et disciplinĂ©e, mĂȘme s’ils ne pratiquent pas la mĂ©ditation.

Il y a d’autres mĂ©thodes, telles que le Hatha yoga (yoga dans le sens physique). Il y a en particulier ce qu’on nomme asanas yogic, qui affectent non seulement le corps mais aussi l’esprit. Ils affectent l’esprit par le biais du corps et mĂȘme ceux qui mĂ©ditent rĂ©guliĂšrement peuvent parfois les trouver trĂšs utiles. Il arrive que mĂȘme une personne expĂ©rimentĂ©e dans la pratique de la mĂ©diation soit parfois un peu trop fatiguĂ©e Ă  la fin d’une journĂ©e de travail, ou ait un peu trop de soucis pour mĂ©diter convenablement. Elle pratiquera alors quelques asanas jusqu’à ce que son esprit devienne plus calme et plus concentrĂ©. Sa fatigue se dissipera et elle se sentira rafraĂźchie presque comme si elle avait mĂ©ditĂ©.

Il y a Ă©galement les Do ou « voies » japonaises tels que l’ikebana ou arrangement floral. Arranger des fleurs dans un vase d’une maniĂšre traditionnelle peut sembler quelque chose de trĂšs simple et de trĂšs ordinaire, mais l’esprit, la conscience de ceux qui l’ont fait pendant des annĂ©es ont clairement changĂ©. On peut Ă©galement mentionner de T’ai chi ch’uan etc
 Tout cela a un effet sur l’esprit. Ce sont des mĂ©thodes indirectes d’élever le niveau de la conscience.

De mĂȘme la jouissance des grandes Ɠuvres d’art – la poĂ©sie, la musique, la peinture de hauts niveaux – contribue Ă  Ă©lever le niveau de la conscience. Cette jouissance Ă©lĂšve la conscience si les Ɠuvres en question sont vraiment de grandes Ɠuvres, si elles sont l’expression d’un Ă©tat de conscience plus Ă©levĂ© que notre Ă©tat habituel.

A un niveau plus terre-Ă -terre, il y a l’aide que nous pouvons donner aux autres. Nous pouvons consacrer notre vie Ă  aider les malades, les destituĂ©s, les malades mentaux, ou Ă  visiter les prisonniers. Nous pouvons faire tout cela de bon cƓur et joyeusement, sans souci pour notre confort ou ce qui nous arrange le mieux ; le faire sans motif personnel ou Ă©goĂŻste. C’est ce que la tradition hindoue appelle le Nishkama Karma Yoga ; le yoga de l’action dĂ©sintĂ©ressĂ©e. Et cela aussi est une mĂ©thode indirecte pour Ă©lever le niveau de notre conscience.

Nous pouvons aussi nous lier avec des gens qui ont une vie spirituelle, en particulier avec ceux qui sont plus dĂ©veloppĂ©s spirituellement que nous-mĂȘmes, si nous arrivons Ă  les trouver. Certaines traditions, certains maĂźtres, regardent ce genre de relation comme la plus importante des mĂ©thodes indirectes. La littĂ©rature indienne religieuse et spirituelle s’y rĂ©fĂšre sans arrĂȘt sous le terme de Satsangha. Sat veut dire vrai, rĂ©el, authentique, pur, spirituel – voire transcendantal ; sangha signifie association, communion, fraternitĂ©. Satsangha est simplement le fait d’ĂȘtre ensemble, souvent dans un esprit de joie et d’insouciance avec des gens qui suivent la voie spirituelle et dont l’intĂ©rĂȘt prĂ©dominant porte sur des choses spirituelles. Cela dĂ©teint sur nous pratiquement sans que nous ayons Ă  faire aucun effort. Satsangha est donc aussi une mĂ©thode indirecte d’élever le niveau de conscience. C’est ce que le bouddhisme appelle Kalyana Mitrata.

Et puis il y a aussi les psalmodies et la vĂ©nĂ©ration rituelle. On dĂ©nigre beaucoup le rituel de nos jours, en particulier les gens les plus intelligents – je devrais peut-ĂȘtre dire les plus « intellectuels ». Mais c’est une façon d’élever le niveau de conscience et qui a fait ses preuves. Le seul fait d’offrir quelques fleurs ou d’allumer une bougie en face d’une statue ou d’une image modifie notre esprit, et nous sommes parfois surpris de voir l’étendue du changement. Nous pouvons lire beaucoup de livres sur la vie spirituelle ; nous pouvons mĂȘme avoir essayĂ© de mĂ©diter (et peut-ĂȘtre rĂ©ussi), mais nous trouvons parfois que le simple accomplissement d’une action rituelle symbolique quand elle est chargĂ©e de sens, nous aide beaucoup plus.

On pourrait mentionner beaucoup d’autres mĂ©thodes indirectes, qui peuvent ĂȘtre combinĂ©es les unes avec les autres. Certaines peuvent ĂȘtre combinĂ©es avec la mĂ©thode directe, avec la pratique de la mĂ©ditation. Il faut nĂ©anmoins noter que, quelle que soit leur valeur, certaines de ces mĂ©thodes indirectes ne peuvent nous conduire trĂšs loin. Elles ne peuvent nous Ă©lever Ă  tous les niveaux de conscience. Mais, comme dans la plupart des cas, il nous faudra attendre longtemps avant de passer Ă  des niveaux de conscience plus Ă©levĂ©s, les mĂ©thodes indirectes peuvent nous ĂȘtre utiles pendant longtemps. MĂȘme si, par le biais de ces mĂ©thodes, nous arrivons Ă  nous approcher de ces niveaux plus Ă©levĂ©s, nous devrons tout de mĂȘme pratiquer la mĂ©ditation de plus en plus afin de progresser plus haut. Nous devrons commencer Ă  travailler directement sur l’esprit.

Comment fait-on cela ?
En quoi consiste ce travail direct de l’esprit ?

Jusqu’à maintenant je n’ai utilisĂ© que le terme trĂšs gĂ©nĂ©ral de « mĂ©ditation », parce que c’est celui qui est compris en Occident. Mais ce terme de « mĂ©ditation » ne correspond Ă  aucun mot indien ou bouddhiste. Ce que nous appelons « mĂ©ditation » correspond Ă  au moins trois choses diffĂ©rents, couvre en fait trois maniĂšres diffĂ©rentes de travailler directement sur l’esprit – nous pourrions dire trois Ă©tapes diffĂ©rentes dans le dĂ©veloppement de la conscience – pour lesquelles le bouddhisme, comme d’autres traditions spirituelles indiennes, a des termes bien diffĂ©rents. Le terme de « mĂ©ditation » couvre en fait la Concentration, l’Absorption et la Vue PĂ©nĂ©trante.

 

© ‘Human Enlightenment’ Sangharakshita, Windhorse Publications 1980, traduction © Christian Richard 2003.

[Intro] [Bouddha] [Bouddhisme] [MĂ©ditation] [Sangharakshita] [AOBO] [Le Centre] [In English] [Textes]

 

Google Explorez la méditation et
le bouddhisme sur ce site.

 

Méditation et Bouddhisme à Paris au Centre Bouddhiste de l'Ile de France
Intro
Bouddha
Bouddhisme
Méditation
Sangharakshita
AOBO
Le Centre
In English
Textes

25 rue Condorcet 75009  Paris - 01 44 53 07 31 -

DerniĂšre mise Ă  jour:
04 avril, 2007.