L'idéal du bodhisattva :

La hiérarchie des bodhisattvas.

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Selon le canon pâli, alors que, juste après son Éveil, le Bouddha explorait les différentes facettes de cette expérience, il prit conscience d'une très puissante aspiration. Il comprit qu'il devait trouver quelqu'un ou quelque chose qu'il puisse vénérer et respecter. Il semble que son impulsion fondamentale, très tôt après son expérience de l'Éveil ait été de vénérer : de regarder vers le haut, pas vers le bas. Après réflexion il réalisa qu'il n'y avait maintenant personne vers lequel il puisse se tourner puisque personne n'avait atteint ce qu'il avait atteint. Mais il vit qu'il pouvait vénérer le Dharma, la grande loi spirituelle grâce à laquelle il avait atteint l'Éveil. Il décida donc de se dédier à la vénération du Dharma.

On ne saurait se rappeler ceci trop souvent, en particulier parce que c'est si contraire à l'attitude moderne de ne pas vouloir honorer -ni être redevable envers- qui ou quoi que ce soit. Il nous est parfois très facile de regarder les autres de haut, mais nous n'admirons pas volontiers, et éprouvons même du ressentiment si d'autres semblent nous être supérieurs de quelque façon que ce soit, et tout particulièrement quand il s'agit de supériorité spirituelle.

Traditionnellement, le bouddhisme est saturé de hiérarchies. Le fait même que la voie spirituelle soit une série d'étapes ou de stades montre à quel point le principe de la hiérarchie est partie intégrante du bouddhisme. Il y a une hiérarchie des sagesses : celle de la compréhension intellectuelle, puis de la réflexion, puis de la méditation et de la réalisation.

Il y a la hiérarchie des différents plans d'existence avec le kamaloka, le rupaloka, et l'arupaloka, et bien sûr il y a la hiérarchie des personnes : les arya-puggalas du Théravada comme les bodhisattvas du Mahayana sont arrangés de façon hiérarchique.

Quand nous rencontrons le bouddhisme en tant qu'occidentaux, son caractère hiérarchique peut nous poser des problèmes qui n'en sont pas pour des bouddhistes orientaux, qui sont conditionnés différemment, tant psychologiquement que culturellement. Il me semble pourtant que l'inégalité est l'un des aspects de l'existence qui soit le plus évident. Bien sûr, il y a des vraies hiérarchies et des fausses. En Europe au dix-huitième siècle, spécialement en France, la hiérarchie sociale et ecclésiastique était complètement fausse ; elle ne correspondait pas à des faits ou des réalités. Par exemple, des favoris à la cour ne prétendant même pas être pieux, étaient nommés archevêques, et Louis XVI était plus intéressé par l'horlogerie que par le gouvernement. Il n'était pas roi dans le vrai sens du terme. Avec la Révolution, la fausse hiérarchie, dans l'état comme dans le clergé, fut renversée. En niant la fausse hiérarchie le peuple n'affirma pas la vraie, mais ne voulut pas de hiérarchie, d'où le fameux « Liberté, Égalité, Fraternité ». Nous avons hérité beaucoup de cette période, et en particulier une tendance anti-hiérarchique - une opposition non seulement aux fausses hiérarchies mais aux hiérarchies en tant que telles. C'est dommage.

Si l'on peut comprendre les gens dans les circonstances de l'époque, dans les temps plus calmes on ne devrait pas avoir à rejeter l'idée même de hiérarchie. Certaines personnes sont plus développées que d'autres mais cette hiérarchie n'est pas fixe et rigide. Ce qui importe est que tous soient encouragés à croître et que personne n'adhère à une idée fixe sur notre valeur en tant qu'individu. Notre valeur réside dans l'effort que nous faisons pour croître ; à quelque niveau que nous soyons, non dans une position fixe que nous occupons dans la hiérarchie. Dans son sens original, hiérarchie voulait dire quelque-chose comme une manifestation, à travers un certain nombre de personnes, de différents degrés d'expression de la réalité. On peut ainsi parler, par exemple, d'une hiérarchie de formes vivantes -certaines plus basses, exprimant ou manifestant moins de réalité. Il y a une hiérarchie continue de formes vivantes , de l'amibe jusqu'à l'être humain -plus le niveau est élevé, plus le degré de réalité est grand.

Et il y a une autre hiérarchie de formes vivantes : la hiérarchie de l'être humain non-éveillé jusqu'au bouddha éveillé. Tout comme l'être humain non-éveillé incarne, ou manifeste, davantage de réalité, ou de vérité, que l'amibe, l'être humain éveillé incarne ou manifeste plus de réalité dans sa vie, son travail, sa parole même, que ne le fait la personne non-éveillée. La personne éveillée est comme une fenêtre claire à travers laquelle la lumière de la réalité brille, à travers laquelle cette lumière peut être vue presque telle qu'elle est. Ou l'on peut dire qu'elle est comme un diamant, concentrant et reflétant cette lumière.

Entre l'être humain non-éveillé et celui qui est éveillé, le bouddha, il y a un certain nombre de degrés intermédiaires incarnés dans des personnes différentes à des stades différents de développement spirituel. La plupart des gens sont encore en dessous de l'Éveil, de façon plus ou moins grande, mais en même temps, ils ne sont pas complètement non-éveillés. Ils se tiennent quelque part entre l'état non-éveillé et l'état d'éveil complet, formant ainsi une hiérarchie spirituelle, dont les degrés les plus élevés peuvent être appelés la hiérarchie des bodhisattvas. Nous en savons maintenant suffisamment sur les bodhisattvas pour avoir un sens de l'intensité de leur aspiration et de leur engagement dans la vie spirituelle. Mais même parmi les bodhisattvas il y a des degrés d'accomplissement spirituel.

Le principe de la hiérarchie spirituelle est très important. En tant qu'être humain nous sommes apparentés à la réalité ultime à la fois directement et indirectement. Nous sommes apparentés directement dans le sens où, dans les profondeurs de notre être, il y a quelque chose qui nous met tout le temps en lien avec la réalité, comme un fil d'or qui, aussi fin qu'un fil de la vierge, est toujours là. Chez certaines personnes, ce fil est devenu un peu plus épais, un peu plus fort, chez d'autres il est presque fort comme une corde, alors que chez ceux qui sont éveillés, il n'y a pas besoin d'un fil connecteur parce qu'il n'y a pas de différence entre les profondeurs de leur être et les profondeurs de la réalité même. Ainsi nous sommes directement connectés avec la réalité, dans les profondeurs de notre être, bien que la plupart d'entre nous n'en aient pas conscience. Bien que nous ne le voyions pas, ce fin fil d'or, brillant au milieu de l'obscurité en nous, néanmoins est bien là.

Nous sommes apparentés à la réalité indirectement de deux façons. D'abord nous sommes apparentés à ce qui représente un moindre degré de manifestation de la réalité que nous-mêmes. Nous sommes apparentés à la nature, aux rochers, à l'eau, au feu, aux différentes formes de vie de la végétation, et aux formes de vie animale qui sont moins évoluées que la nôtre. Cette relation peut être comparée avec voir une lumière à travers un voile épais ; parfois le voile semble être si épais -particulièrement dans le cas de la forme matérielle- qu'il nous est impossible de voir la lumière.

'The Bodhisattva Ideal' © Sangharakshita, Windhorse Publications 1999, traduction © Centre Bouddhiste Triratna de Paris 2006.

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  1. Origine et développement de l'idéal du bodhisattva.
  2. L'éveil du cœur bodhi, ou bodhicitta utpada.
  3. Le vœu du bodhisattva.
  4. Altruisme et individualisme dans la vie spirituelle.
  5. Masculinité et féminité dans la vie spirituelle.
  6. Sur le seuil de l'Eveil.
  7. La hiérarchie des bodhisattvas.
    1. La hiérarchie des bodhisattvas.
    2. Les amis spirituels, ou kalyana mitras.
    3. Les trois joyaux.
    4. Quatre sortes de bodhisattva.
    5. Le bodhisattva irréversible.
    6. Le bodhisattva du dharmakaya.
  8. Bouddha et bodhisattva ; éternité et temps.