L'idéal du bodhisattva :

« Masculinité » et « féminité » dans la vie spirituelle.

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Référer à la masculinité et à la féminité est bien sûr, de nos jours, dans tout contexte, avancer en terrain dangereux, et peut-être utiliser des guillemets ne suffira-t-il pas même à nous garder contre la possibilité toujours présente d'être pris trop littéralement. Comme nous le verrons cependant, il est en fait tout à fait approprié d'utiliser ces termes pour caractériser les troisième et quatrième paramitas que doit pratiquer le bodhisattva : la khsanti et le virya.

Kshanti.

Kshanti, à distinguer de shanti qui veut dire paix, est l'un des mots les plus beaux de tout le vocabulaire du bouddhisme. Il relie un certain nombre de significations associées, de telle sorte qu'il n'y a pas de mot français qui, seul, puisse lui faire pleinement justice. Littéralement, kshanti veut dire patience ou endurance, et est l'antidote de la colère (comme le dana est l'antidote de l'avidité). En plus d'être l'absence de colère et l'absence du désir de revanche, la kshanti a des accents d'amour, de compassion, de tolérance, d'acceptation et de réceptivité.

Elle inclut également la douceur et la docilité. Et elle suggère même l'humilité - mais pas dans un sens artificiel et conscient. Quand le Mahatma Gandhi fonda un de ses ashrams en Inde, il rédigea apparemment une liste de vertus à pratiquer par ceux qui allaient vivre dans l'ashram. C'était une longue liste, commençant pas « humilité ». Mais quelqu'un lui fit remarquer que si l'on pratique l'humilité délibérément, de façon consciente, cela ne devient pas de l'humilité mais de l'hypocrisie. Le Mahatma barra alors le mot « humilité » et écrivit en bas de la liste : « Toutes les vertus doivent être pratiquées dans un esprit d'humilité », une chose bien différente.

Nous développerons ici trois aspects principaux de la kshanti : l'endurance, la tolérance, et la réceptivité spirituelle. Chaque aspect sera introduit par une histoire, pour nous rappeler que la kshanti n'est pas une question de théorie ou de spéculation, mais essentiellement quelque chose que nous devons pratiquer dans notre vie quotidienne.

La kshanti en tant qu'endurance.

La kshanti en tant qu'endurance est illustrée par une histoire venant de la vie du Bouddha lui-même, une histoire trouvé dans le Sûtra en quarante-deux articles (qui, incidemment, fut le premier texte bouddhique à être traduit en chinois). La version originelle, dont nous ne savons pas si elle était en pâli ou en sanskrit, n'existe plus, mais le soûtra est d'une importance historique considérable. Quoi qu'il en soit, le Bouddha se promenait un jour, et il se trouva qu'il rencontra quelqu'un - probablement un brahmane, mais nous ne le savons pas - qui, pour une raison ou pour une autre, n'était pas du tout content du Bouddha et commença immédiatement à l'appeler de toutes sortes de noms. Ce genre de choses se produit souvent, selon les écritures en pâli : le Bouddha n'était pas universellement populaire de son vivant. Certaines personnes n'aimaient pas le fait qu'il semblait encourager les gens à quitter leur famille et à penser au nirvana plutôt qu'à gagner de l'argent.

Donc l'homme se tint là un moment, insultant le Bouddha avec toutes les insultes de son vocabulaire. Mais le Bouddha ne dit rien, il attendit simplement que l'homme s'arrête de parler. L'homme s'arrêta finalement ; peut-être était-il à bout de souffle. Le Bouddha dit alors calmement : « Est-ce tout ? » Plutôt décontenancé, l'homme répondit : « Oui, c'est tout. » Le Bouddha dit alors : « Bien, laisse-moi te poser une question maintenant. Suppose qu'un jour, un ami t'apporte un cadeau, mais que tu ne veuilles pas l'accepter. Si tu ne l'acceptes pas, à qui appartient-il ? » L'homme répondit : « Eh bien, si je ne veux pas l'accepter, il appartient à la personne qui essaye de me le donner. » Le Bouddha dit donc : « Eh bien, tu as essayé de me faire un cadeau de tes insultes, mais je ne l'accepte pas. Prends-le, il t'appartient. »

Bien évidemment, bien peu d'entre nous seraient capables d'une réponse aussi modérée. Si quelqu'un nous insulte verbalement, nous avons tendance à renchérir de façon mordante, ou à garder l'insulte brûlant dans notre esprit, cherchant de quelle façon nous venger plus tard. Mais il est possible d'apprendre à répondre différemment. Comment ? Le grand maître Shantideva nous offre plusieurs suggestions. Il dit par exemple : supposez que quelqu'un vienne vous frapper avec un bâton. C'est une expérience douloureuse, mais cela ne justifie pas de se laisser emporter par la colère. Au lieu de cela, vous devez essayer de comprendre ce qui s'est passé. Si vous analysez ce qui est arrivé, dit-il, il y a simplement la rencontre de deux choses. L'une est le bâton, et l'autre votre corps. Et qui est responsable de cette rencontre ? Il est vrai que l'autre personne a levé le bâton contre vous, elle est donc en partie responsable. Mais vous avez procuré le corps, et d'où est venu ce corps ? Il est venu de vos anciens samskaras : votre ignorance et les choses que nous avez faites sur la base de cette ignorance, dans vos vies antérieures. Pourquoi devriez-vous vous mettre en colère contre votre ennemi pour avoir apporté son bâton, et non contre vous pour avoir apporté votre corps ? Dans son Bodhicaryâvatâra, Shantideva arrive à un bon nombre de réflexions de ce genre pour nous aider à pratiquer l'endurance.

'The Bodhisattva Ideal' © Sangharakshita, Windhorse Publications 1999, traduction © Centre bouddhiste Triratna de Paris 2006.

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  1. Origine et développement de l'idéal du bodhisattva.
  2. L'éveil du cœur bodhi, ou bodhicitta utpada.
  3. Le vœu du bodhisattva.
  4. Altruisme et individualisme dans la vie spirituelle.
  5. Masculinité et féminité dans la vie spirituelle.
    1. Masculinité et féminité dans la vie spirituelle.
    2. Trois domaines de pratique de l'endurance.
    3. La kshanti en tant que tolérance.
    4. La kshanti en tant que réceptivité spirituelle.
    5. Le virya, l'énergie l'énergie dédiée au bien.
    6. Le raffinement des émotions brutes.
    7. Le bouddhisme Zen et le bouddhisme Shin.
  6. Sur le seuil de l'Eveil.
  7. La hiérarchie des bodhisattvas.
  8. Bouddha et bodhisattva ; éternité et temps.