Nous faisons référence à « masculinité » et « féminité » et utilisons les mots entre guillemets afin d'indiquer que nous ne devons pas les prendre trop littéralement. Comme nous le verrons cependant il est, en fait, tout à fait approprié d'utiliser ces termes pour caractériser la troisiÚme et la quatriÚme paramita que doit pratiquer le bodhisattva : ksanti et virya. Nous allons suivre l'ordre traditionnel - indien - et nous nous occuperons d'abord de ksanti et viendra ensuite virya. Nous verrons enfin comment ksanti et virya représentent respectivement ces aspects « féminins » et « masculins » de la vie spirituelle.
Ksanti, Ă diffĂ©rencier de santi qui veut dire paix, est l'un des mots le plus beau de tout le vocabulaire du bouddhisme. Il lie ensemble un certain nombre de significations, et il n'y a pas un seul mot français qui puisse lui faire pleinement justice. LittĂ©ralement, il veut dire patience ou endurance, et il est l'antidote de la colĂšre, comme dana est l'antidote de l'aviditĂ©. En plus d'ĂȘtre l'absence de colĂšre et il absence de tout dĂ©sir de revanche, ksanti a des accents d'amour, de compassion, de tolĂ©rance, d'acceptation et de rĂ©ceptivitĂ©. Il inclut Ă©galement la douceur et la docilitĂ©. SuggĂ©rant mĂȘme l'humilitĂ© - mais pas dans son sens artificiel.
Nous développerons ici trois aspects principaux de ksanti :
(i) l'endurance,
(ii) la tolérance et
(iii) la réceptivité spirituelle.
Chaque aspect sera prĂ©sentĂ© Ă travers une histoire pour nous rappeler que ksanti n'est pas une question de thĂ©orie ou de spĂ©culation mais quelque chose qui doit ĂȘtre pratiquĂ© au quotidien.
Ksanti en tant qu'endurance est illustré par une histoire venant de la vie du bouddha dans le « Sûtra en 42 Sections ». Le bouddha marchant, un jour, rencontra quelqu'un - probablement un brahmane mais nous ne le savons pas - qui, pour une raison ou pour une autre, n'était pas du tout content du bouddha et commença immédiatement à l'appeler de toutes sortes de noms. Ce genre de choses se passe souvent selon les écritures pali. Le bouddha n'était pas le moins du monde toujours populaire de son vivant. Beaucoup de gens n'aimaient pas le fait qu'il semblait encourager les gens à quitter leurs familles et à penser au Nirvana plutÎt qu'à gagner de l'argent.
Donc l'homme se tint lĂ un moment, insultant le bouddha avec toutes les insultes de son vocabulaire. Mais le bouddha ne dit rien, il attendit simplement que l'homme s'arrĂȘte de parler. L'homme s'arrĂȘta finalement, Ă bout de souffle apparemment. Le bouddha lui demanda alors calmement :
« Est-ce tout ? »
PlutÎt décontenancé, l'homme dit :
« Oui c'est tout. »
Le bouddha dit alors :
« Bien, laisse-moi te poser une question maintenant. Suppose qu'un jour un ami t'apporte un cadeau mais que tu ne veuilles pas l'accepter. Si tu ne l'acceptes pas, à qui appartient-il ? »
L'homme répondit :
« Eh bien, si je ne veux pas l'accepter, il appartient à la personne qui essaye de me le donner. »
Le Bouddha dit donc :
« Eh bien tu as essayé de me faire un cadeau de tes insultes, mais je ne l'accepte pas. Prends le, il t'appartient. »
Voici donc comment le Bouddha se comporta. Bien Ă©videmment, bien peu de nous se comporteraient ainsi, seraient capables d'une rĂ©ponse aussi modĂ©rĂ©e. Si quelqu'un nous insulte verbalement nous avons tendance Ă renchĂ©rir de façon mordante, ou gardant l'insulte brĂ»lant dans notre esprit, cherchant de quelle façon nous venger plus tard. Le grand maĂźtre Santideva nous donne plusieurs indices quant Ă la pratique de ksanti dans ce sens d'endurance. Il dit, par exemple, supposez que quelqu'un vienne vous taper dessus avec un bĂąton. C'est une expĂ©rience douloureuse mais cela ne justifie pas se laisser emporter par la rage. Au lieu de cela vous devez essayer de comprendre ce qui est en train de se passer. Si vous l'analysez dit-il, tout ce qui arrive est simplement la rencontre de deux choses. L'une est le bĂąton et l'autre votre corps. Et l'expĂ©rience de douleur est la consĂ©quence des ces deux facteurs qui se rencontrent : bĂąton et corps. Maintenant, demande Santideva, qui est responsable de cette rencontre ? Il est vrai que l'autre personne a levĂ© le bĂąton contre vous, elle est donc en partie responsable. Mais vous avez procurĂ© le corps, et d'oĂč est venu ce corps ? Il est venu de vos anciennes samskara : votre ignorance et ce que nous avez fait sous son influence dans vos vies antĂ©rieures. Quelqu'un a apportĂ© le bĂąton, c'est vrai, mais vous avez amenĂ© le corps donc vous ĂȘtes tous deux d'Ă©gale responsabilitĂ©. Pourquoi alors devriez-vous vous mettre en colĂšre contre cette personne pour avoir apportĂ© le bĂąton, et non contre vous pour avoir apportĂ© le corps ? Dans le Bodhicaryavatara Santideva arrive Ă un bon nombre de rĂ©flexions de ce genre pour nous aider Ă pratiquer l'endurance.
1. Masculinité et féminité dans la vie spirituelle.
2. * Trois domaines de pratique de lâendurance.
3. Kshanti en tant que tolérance.
4. Kshanti en tant que réceptivité spirituelle.
5. Virya - énergie à la poursuit du bien.
6. Le raffinement des émotions brutes.
7. Le bouddhisme Zen et le bouddhisme Shin.
1. Origine et dĂ©veloppement de lâidĂ©al du bodhisattva.
2. L'Ă©veil du cĆur bodhi ou la bodhicitta utpada.
3. Le vĆu du Bodhisattva.
4. Altruisme et individualisme dans la vie spirituelle.
5. * Masculinité et féminité dans la vie spirituelle.
6. Sur le seuil de lâEveil.
7. La hiérarchie des bodhisattvas.
8. Bouddha et Bodhisattva ; éternité et temps.
Par Urgyen Sangharakshita.
Association Loi 1901,
Membre de lâUnion Bouddhiste EuropĂ©enne ou EBU.
âBodhisattva idealâ © Sangharakshita 1999, Windhorse Publications, traduction © Varadakini 2007.
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DerniĂšre mise Ă jour:
21 août, 2007.